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Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur - Le mensonge se lève très tôt mais la vérité finit par le rattraper - Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage

mardi 31 août 2010

Abidjan, novembre 2004 - une enquête sud-africaine

Sur son blog, Théophile Kouamouo annonce :

"Dans un rapport confidentiel de plus de 100 pages dont Le Nouveau Courrier
a obtenu une copie (1 & 2), des experts sud-africains, en matière balistique et spécialistes de médecine légale, mandatés par leur gouvernement, accablent les militaires français de l'opération Licorne.
De manière scientifique, ils établissent que non seulement les civils ivoiriens massés à Abidjan devant l'Ivoire ou sur les ponts n'ont pas tiré, mais que des armes, y compris de gros calibre, ont été utilisées contre eux par l'armée française.
Ils commentent également les autopsies des morts, dont trois au moins étaient âgés de moins de 18 ans."



Pour la suite, et pour lire l'enquête, voir sur le blog de Théophile Kouamouo.

(Cf. aussi : "En généraux - 2. Auparavant"... Et : à quand l'enquête sur Bouaké ?)


L'article de Sylvie Kouamé dans Le Nouveau Courrier du 31.08.10 : ici.
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lundi 30 août 2010

"Science sans conscience..." – parole de femme

Citation de Sheila Rowbotham :

« Chaque fois qu'une femme fait à un homme la description d'une expérience qui lui est spécifique en tant que femme, elle s'adresse à quelqu'un qui considère sa propre expérience comme normale. Plus encore, sa vision de la "norme" est renforcée par l'idéologie dominante qui leur confirme à tous deux que c'est lui qui a raison. Les femmes ne sont pas les seules bien sûr à ne pouvoir retrouver leur expérience dans la culture existante. » Un phénomène similaire se retrouve, précise-t-elle, pour « la classe ouvrière, les noirs, les minorités nationales... »



« Toutefois, pour les femmes le problème est particulièrement intériorisé, en partie, pour des raisons historiques. Nous n'avons aucune époque, aucun lieu vers lequel nous reporter. Le mouvement que nous avons créé pour libérer toutes les femmes est infiniment moins fort que le mouvement ouvrier ».

« Par ailleurs, cette intériorisation est liée aussi à une question d'anatomie et de physiologie. La différence sexuelle nous lie à la fois étroitement à nos oppresseurs et nous sépare radicalement d'eux. Cela ne signifie pas que nous ne soyons que notre biologie mais que notre différence se situe à un niveau de sensation et d'expérience qui ne concerne pas seulement le monde extérieur. Cela signifie aussi que l'exploration des domaines intérieurs de la conscience est pour nous une nécessité politique. »

(Sheila Rowbotham, Conscience des femmes, monde de l'homme, Londres 1973, Paris éd. des femmes, 1976, p. 75.)

dimanche 29 août 2010

"Elle est noire"

... aurait dit quelque mystique ayant "vu" Dieu...

Le Black feminism (en français « féminisme "noir" ») est un mouvement féministe né aux États-Unis dans les années 1960-1970, lors du mouvement des droits civiques. Il se caractérise par la volonté d'associer les critiques du sexisme et du racisme.



Selon Elsa Dorlin, maître de conférences à Paris-I et auteur de l'introduction de Black feminism Revolution! La Révolution du féminisme Noir! (L'Harmattan, 2007), la première anthologie, en français, de textes de ce mouvement...

« L’expression Black feminism, traduite dans les textes par "féminisme Noir", recouvre la pensée et le mouvement féministes africains-américains en tant qu’ils diffèrent du féminisme américain "en général", précisément critiqué et reconnu pour son "solipsisme blanc", héritier malgré lui de la fameuse "ligne de couleur" produite par les systèmes esclavagiste, puis ségrégationniste ou discriminatoire, encore à l’œuvre dans la société américaine contemporaine. Au contraire des textes, si le titre de ce volume a gardé l’expression Black feminism en l’état, comme provisoirement intraduisible, c’est qu’il nous a semblé important de présenter d’abord le féminisme africain-américain dans la spécificité de l’histoire politique d’où il a émergé, de maintenir dans sa langue sa force d’interpellation, face à une société anglo-saxonne clivée par le racisme : "White woman, listen !" – "Femme blanche, écoute !". Le féminisme Noir a représenté une véritable révolution politique et théorique pour l’ensemble des féminismes nord-américains et, dans une moindre mesure, européens. »

Le Black feminism trouve ses origines dans un malaise au sein du mouvement des droits civiques et du mouvement féministe nord-américain lors des années 1970. Il revendique un point de vue particulier des femmes afro-Américaines à la fois sur le féminisme en général, et sur les luttes contre la ségrégation raciale. En tant que tel, le Black feminism n'est pas limité aux femmes afro-Américaines : dès ses origines, il inclut des femmes chicanas, orientales, etc. Porteur de larges potentialités aussi pour les "blanches" en lutte comme pour les hommes conscients de ce qui est souffrance pour toute l'humanité, il est plutôt caractérisé par la volonté de lier les problématiques du sexisme, du racisme et de l'oppression de classe...

samedi 28 août 2010

Femmes et décolonisation

Les femmes comme « territoire » colonisé. C'est une approche qu'a remarquablement développée le féminisme des années 70 du XXe siècle. Quelques citations fort éclairantes de Benoîte Groult (Ainsi soit-elle, 1975) donnent des éléments d'un parallèle incontournable avec le racisme. Comme elle y invite elle-même, à l'appui de Sartre, il suffit de changer dans son traité Réflexions sur la question juive, « juif » par « femme », et « antisémite » par « mysogyne » (B. Groult, éd. poche, p 201) – on peut faire le parallèle aussi avec « Africains » (ibid. p. 204) – pour mesurer la nécessité de la réflexion féministe.

Dès lors...

« À qui s'adresseront leurs discours paternalistes […] si nous prenons nous-mêmes la direction de nos existences? Car ce qui opprime les femmes, ce n'est pas seulement le système masculin, c'est la réponse féminine, c'est ce qu'il a réussi à faire de nous. C'est ce sentiment d'incompétente et de faiblesse qu'il a réussi a nous donner, doublé de culpabilité si nous nous dérobons au rôle qu'il nous assigne et que nous devons accepter avec enthousiasme. Car là est la malignité, le détail subsidiaire qui, comme dans les concours radiophoniques truqués, vient tout remettre en question : il faut que nous soyons ravies d'être vouées à des fonctions dites sublimes, mais que les hommes se refusent d'exercer. Or, les hommes s'étant attribué par définition les fonctions dites supérieures, comment ne pas conclure que les nôtres sont subalternes, "ennuyeuses et faciles" (Valéry), "inintéressantes et abêtissantes" (Lénine), en un mot inférieures ? » (Benoîte Groult, Ainsi soit-elle, p. 204-205.)



« Je voudrais à cette occasion, grâce à Sartre, vient-elle d'écrire, fournir une réponse aux malheureuses qui restent sans voix devant l'argument final assené par le misogyne de salon pour nous prouver que notre infériorité est congénitale: "Citez-moi donc un Beethoven femelle? Un Descartes ou un Picasso femme?" Et le dernier des minus de nous regarder, triomphant, comme si ces génies étaient de sa famille et que leur gloire rejaillît tout naturellement sur lui par le seul fait qu'il possède lui aussi une robinetterie apparente!

"Il faut le reconnaître, écrit Sartre, si le juif se retourne vers le passé, il voit que sa race n'y a pas de part. Ni les rois de France, ni leurs ministres, ni les grands capitaines, ni les grands seigneurs, ni les artistes, ni les savants ne furent des juifs ... La raison en est simple: Jusqu'au XIX" siècle, les juifs, comme les femmes, étaient en tutelle."

Cette fois c'est Sartre lui-même qui fait le rapprochement. On pourrait remarquer de même qu'on ne trouve pas beaucoup de savants ou de ministres dans la classe ouvrière... L'explosion à laquelle on a assisté depuis le XIXe, Disraeli, Freud, Bergson, Einstein, Proust ou Kafka, suffit à démontrer que dès que les Juifs ont pu accéder à l'enseignement supérieur et à un certain stade de liberté, ils sont eux aussi devenus· des créateurs. Pour les femmes, il faudrait simplement corriger deux notions: d'une part la tutelle sur elles ne s'est relâchée qu'au XXe, et d'autre part, leurs fonctions maternelles, tant qu'elles y sont restées aveuglément soumises, les empêchaient de parvenir à ce seuil de liberté. » (Ibid., p 203)

On peut évidemment dire la même chose concernant l'Afrique, avec une abolition de l'esclavage advenue dans la deuxième moitié du XIXe siècle, et dont on fête seulement cette année les cinquante ans d' « indépendance » - avec guillemets tant cette indépendance est relative...

Et voilà que se révèlent, outre les Dumas, dès le début du XIXe, les Césaire, Senghor, ou encore M.L. King, ou C. Beyala, et, figure fondatrice, Angela Davis...

Tant il est vrai que le territoire de l'avenir décolonisé est au moins pour moitié, cette moitié oubliée de l'humanité, féminin...



vendredi 27 août 2010

Angela Davis

... Née le 26 janvier 1944 à Birmingham - Alabama.



Militante des droits civiques, proche du Black Panther Party, elle fut poursuivie par la justice à la suite de la tentative d’évasion de trois prisonniers, en août 1970...

Emprisonnée seize mois à New York puis en Californie, elle fut finalement acquittée et poursuivit une carrière universitaire qui la mena au poste de directrice du département d’études féministes de l’université de Californie. Ses centres d’intérêt sont la philosophie féministe, et notamment le Black Feminism, les études afro-américaines, la théorie critique, le marxisme ou encore le système carcéral...

Homonyme :

jeudi 26 août 2010

Femmes et libération

40 ans. Au coeur des choses...

Une lutte féministe solidaire, refusant de stigmatiser les uns contre les autres, le Sud contre le Nord. Une lutte au bénéfice de tous - y compris des hommes. Une lutte consciente que la hiérarchie du « blanc » à « l'âne » décrite par Alphonse Daudet dans Tartarin de Tarascon concernant l'Afrique du Nord, comporte autant de chaînons marquants qu'il y a de degrés dans cette « hiérarchie des "races" » : les femmes, toujours sous silence, et au bout du compte, toujours en dernier.



Le drame le plus éloquent de l'écrasement des femmes étant la pratique de l'excision, « j'imagine les lecteurs de bonne volonté que leurs femmes auront décidés à parcourir ce livre* répliquant qu'après tout en Europe elles n'ont pas à se plaindre car on n'a jamais eu recours à la chirurgie pour remodeler leurs organes », écrit Benoîte Groult dans un livre (*Ainsi soit-elle – cit. p. 115) de 1975, mais qui n'a, sur bien des points, pas beaucoup vieilli.

Elle vient de décrire les horreurs des pratiques variées de l'excision, répandues au minimum du Yémen à bande sahélienne jusqu'à l'Atlantique en passant par la vallée du Nil. Elle passe à ceux qui, en Europe, se pensent exempts de critique.

« Eh bien, qu'ils ne se rassurent pas à trop bon compte : c'est faux ! En Europe aussi des hommes auraient bien voulu neutraliser ce petit organe insolent et inutile pour le mâle, donc parfaitement répréhensible. Et eux aussi ont rêvé de chirurgie parce qu'elle constituait le moyen idéal pour extirper à la racine cet odieux plaisir féminin.

Au XVIIe, le chirurgien Dionis effectuait, toujours à la demande des maris, bien entendu, la résection du clitoris « pour faire des femmes de devoir ». Les épouses ainsi rectifiées ne risquaient effectivement plus d'être des femmes de plaisir.

En 1864, Broca, célèbre chirurgien et fondateur l'École d'anthropologie française, proposa dans un souci d'humanité de "mettre le clitoris à l'abri" en suturant les grandes lèvres devant l'organe, au lieu de l'extraire purement et·simplement. Mahomet**, dans un souci d'humanité lui aussi, avait conseillé de n'en enlever que la moitié... Enfin en 1900, le docteur Pouillet recommandait de cautériser au nitrate d'argent les parties sensibles des jeunes filles enclines à "se manueliser". (Cité par Jean Markale dans La Femme celte.) » (Ibid. p. 115-116)

(** B. Groult vient d'écrire qu' « il est juste de dire que le Coran n'est pas l'inventeur de cette mutilation. L'excision comme le voile pré-existaient à l'enseignement de Mahomet. [...] Mahomet fait allusion une seule fois à l'excision, selon les Hadiths, pour recommander de ne pas trop saccager le voisinage en opérant : "N'interviens pas de façon trop radicale, c'est préférable pour la femme." » Ibid. p. 102.)

Concernant l'Europe, « bien sûr, cette pratique ne fut jamais très répandue mais on avait osé y songer... » (Ibid. p. 116).



… À partir du moment où on a cessé d'ignorer l'existence du clitoris !

Car, « puisque cet organe est inutile à l'homme et à la procréation, il faut donc l'ignorer ou le détruire. Ce qu'on a fait. Les manuels d'anatomie jusqu'au siècle dernier n'en faisaient même pas mention et le mot n'est apparu que tardivement dans le Petit Larousse. De même en Inde ou en Perse les fameux traités d'amour dont la réputation érotique est très surfaite ne font jamais allusion au plaisir clitoridien. » (Ibid. p. 91-92)

C'est que, de toute façon, « supposer que la femme puisse éprouver du plaisir sexuel est une vile calomnie », pense Acton, médecin contemporain de Freud (que B. Groult cite en exergue de son ch. 5). Alors...

On en est donc alors bien là : une partie du monde qui ignore l'organe, une partie qui le connait et le mutile ! « Apparu que tardivement dans le Petit Larousse », avec lui, le XIXe siècle européen semble le découvrir. Et là, l'idée de l'amputer séduit !

Jusque, « parmi les complices de la mutilation érotique des femmes, à la désolante Marie Bonaparte entre autres, qui eut l'occasion d'examiner beaucoup de femmes excisées en Égypte et qui conclut dans La sexualité de la femme, en 1951, que cette mutilation est parfaitement justifiée "puisqu'elle parfait la féminisation en supprimant un reliquat inutile du phallus". » (sic !) (Ibid. p. 97)...

mercredi 25 août 2010

Entrer dans l'Histoire... Et en sortir

Tout le monde connaît la formule : "n'être pas assez entré dans l'Histoire" et la référence : "Discours de Dakar", prononcé de le Président actuel de la République française lors de sa première visite en Afrique comme tel.

Tous ont reconnu - ou cru reconnaître, puisque le supposé rédacteur du discours nie cette source-là - Hegel, La raison dans l'Histoire. Le rédacteur renverrait, semble-t-il, plutôt à Senghor, lequel toutefois, sur ce point n'est pas vraiment sorti... de l'Histoire hégélienne !, l'Histoire étant, pour le philosophe de Iéna, le déploiement de la Raison. Or pour Senghor, on le sait, la Raison est européenne ("hellène"), tandis que "l'émotion" concerne l'Afrique...

Pas entrée dans l'Histoire, l'Afrique, "pas assez entrée"... Voire !

Et si c'était l'inverse ? Plus tôt sortie. Comme toutes les civilisations, et déjà à présent l'Europe, en sortent par excès de civilisation, fatigue, et "à quoi bon ?"... remplacées par les frénétiques qui ne connaissent pas leur désespoir et le malheur qu'ils sèment.

Sagesse que de sortir, malheur que de sortir trop tôt, désarmé face aux excités et autres frénétiques incultes et agités.



L'Empire romain sous les coups de boutoir des barbares, bien sûr, mais bien avant... l'Afrique, dont les civilisations "noires", égyptienne et méroïtique s'épanouissaient beau temps avant la Grèce, pour ne rien dire de Rome. Quand un Hellène comme Aristote affirme recevoir les mathématiques comme inventées par les Égyptiens "qui sont noirs et crépus", ce qu'Hérodote a confirmé, quand parmi les sagesses des peuples mûrs, le stoïcisme a pour inventeur un noir, Zénon, de Phénicie, surnommé pour la couleur de sa peau, "le palmier d'Égypte"...

Quand Hannibal, avec ses éléphants, s'arrête devant Rome comme pris d'un "à quoi bon ?", n'assiste-t-on pas à une sorte de sortie de l'Histoire ?... Une sortie bientôt prise dans l'oubli, qui verra les "blancs" du XIXe siècle incapables d'accepter que les productions architecturales du Zimbabwe antique, ou la maîtrise du travail du métal du Nigeria, aient pu être africaines !!

Sagesse du "à quoi bon" pour une sortie de l'Histoire qui oublie bientôt comme inutiles les gadgets techniciens du passé, lesquels, démultipliés, reviendront par de nouveaux agités, qui depuis le XVe siècle, pour ceux qui viennent d'Europe (les agités du monde arabe, auparavant, n'ont pas manqué), forcent leur entrée dans l'Histoire avec son cortège de malheurs.

Et quand la sagesse choisit l'oralité vivante contre la vaine monumentalité de l'écrit, comme l'ont fait aussi les druides... On ne connaît le passé qu'à l'aune de la relecture qu'impose l'écrit de ceux qui ont écrit, le plus souvent les frénétiques de l'entrée dans l'Histoire : la Guerre des Gaules de Jules César nous renseignant sur la Gaule, ses druides et leur tradition orale ("les lions n'ayant pas d'historiens, les histoires de chasse tournent à la gloire des chasseurs"). "Un vieux qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle" (A. Hampâté Bâ).



C'est ainsi que face à tant de bibliothèques qui ont brûlé, les Jules César de toute engeance nous ont bâti une histoire de l'esclavage les déculpabilisant sur le dos d'un passé que l'on ne connaît pas. À défaut de documents, rien de plus simple que d'inventer une "offre" provoquant la "demande" ! Peu opportun pour les Jules César d'envisager la situation inverse : l'influence de la mondialisation esclavagiste sur les relations internes au continent "traité" et "sous-traité"... "Sous-traitement" établi, du coup, par des textes plus tardifs (cf. Harris Mémel Foté).

Sortie de l'Histoire comme effet d'une sagesse advenant en premier dans l'antique berceau de l'humanité, trop tôt,... mais trop tard aussi. Après que la frénésie du pouvoir y ait prospéré, atteignant aussi les femmes initiant les dynasties féminines antiques du Soudan. Gageons que c'est là l'origine de l'excision, qui s'est répandue plus tard via d'autres frénétiques plus tardifs, musulmans : elle n'a jamais atteint l'Afrique intérieure, au-delà du Sahel. Origine par le pouvoir et des dynasties féminines ? Le philosophe juif égyptien du Ier siècle ap. JC, Philon Alexandrie, explique cette fonction de la circoncision : diminuer le plaisir et le désir masculin (sic), en vue de tourner l'homme vers les choses de l'esprit, et donc de la politique. Que des dysnasties féminines aient conçu la même idée, et la perpétuation de l'excision par les femmes s'explique aisément. Ce qui vient du pouvoir se répand invariablement vers le peuple.

À cette époque, la part sud-sahélienne, elle, a déjà opté pour les "à quoi bon" de l'agitation ! Et on n'y trouve donc pas d'excision, mais souvent des cités matrilinéaires, qui ont fini par voir mâtiner la sagesse de leur structure par l'influence des frénétiques du patriarcat, musulmans, puis européens, qui, agités non seulement du glaive, mais aussi de la plume, viendront expliquer que leurs convictions machistes "recoupent merveilleusement" l'ancienne tradition africaine... dont on n'a aucune trace écrite !

Si l'on laisse la frénésie hégélienne du XIXe siècle européen, si l'on conçoit que l'excès de culture et de civilisation débouche invariablement sur des sorties de l'Histoire (cf. Cioran), on comprend aisément le problème du continent le plus ancien en humanité...

Sagesse ? "Ne soit pas sage à l'excès, pourquoi te détruire ?" dit l'Ecclésiaste (ch. 7, v. 16)...

mardi 24 août 2010

Expulsions

Dernière expulsion de France - l'exorcisme papal :




"Nico, là, je te le dis, sors de ce démon !"





lundi 23 août 2010

Notre-Dame, 2037

"Dans cinquante ans, Notre-Dame sera une mosquée", avance Cioran en 1987 (Cahier de L'Herne, p. 412-415).

Cioran anticipe cela sans drame, comme un état de fait au moins probable, pour ne pas dire carrément inélutable : "c'est inévitable, avec l'usure du christianisme et du catholicisme, qu'on en aboutisse là." (Ibid.)




Cela, pour lui, relève du constat historique plus que d'un drame dont il y aurait lieu de se formaliser. Comme une règle de l'Histoire, qui régissait déjà le renversement de l'Empire romain par le christianisme, qui dit-il, faisait "horreur" à "l'intelligentsia romaine", et qui "est venu [...] par les immigrés". (Ibid.)

"L'histoire est sans pitié, il ne faut pas se faire d'illusions, c'est un phénomène inexorable [que l'agonie de toute civilisation]. Regardez la France, c'était la nation le plus guerrière de l'Europe [...]. Eh bien c'est tellement évident que la France ne l'est plus. La France s'est usée à force de faire des guerres." (Ibid.)

Et Cioran de préciser que l'islam en est "à peu près" où était le catholicisme à l'époque de Croisades... Tandis que "la France est usée".

Reste la question de savoir : pour quoi en faire de cette mosquée parisienne (Notre-Dame) ? Car l'islam lui aussi se conjugue au passé. Ses références civilisationnelles oscillent entre la Bagdad des "Mille et une nuits" et "Al Andalus" !

Et quand les références sont au passé !... Bien plus ancien que Voltaire !, dont les écrits signent, eux, que la France (et pas elle seule en Europe) se conjugue au passé... depuis sa victoire de 1945 !

Voltaire, dont les valeurs qui ont triomphé en 1945 contraignent d'occulter le fait qu'il ne les partageait pas toutes, loin s'en faut - "... des singes, des éléphants, des nègres, semblent avoir tous quelque lueur d'une raison imparfaite" (Traité de métaphysique, 1739) !

Et Voltaire (sauf pour le style et la façon de le dire) n'est pas très original en son temps et après. Je suppose que l'impossibilité de faire accéder ma note précédente au tapis de référencement des blogs Nonobs (le "TRAC") doit quelque chose à Alphonse Daudet ! Et que dire de Hugo, Chateaubriand, Hergé au Congo, De Gaulle himself (tous marchant allègrement dans les pas d'Ibn Khaldun tentant d'adapter la dhimmitude !)...

Bref, on est passé, définitivement avec la victoire de 1945, et avec son expression de 1948 (Déclaration universelle des Droits de l'Homme) à un état de prise de conscience de la Déclaration des Droits de l'Homme de 1789 telle qu'elle rend inassimilables des pans entiers de l'oeuvre et de la pensée de ceux qui nous ont transmis ces Droits (leur considération des "non-blancs" et des femmes - illustration : la fin tragique, sous la Révolution, de Toussaint Louverture et d'Olympe de Gouges qui croyaient... que tant pour les "non-blancs" que pour les femmes, on était déjà en 1945).

L'islam, sous la forme par laquelle Cioran le voit planter le Croissant au sommet des minarets de Notre-Dame, est pour sa part, bien en-deçà de 1789, pour ne rien dire de 1945 ou 1948 (avec sa tentative de régression en Droits "islamiques" de l'Homme) ! Et gageons que si Cioran a vu juste, l'islam entrera dans son propre processus d'usure à cet instant même où Notre-Dame sera repeinte en mosquée ! Pour la simple raison que tout acquis culturel (en Al Andalus, on le savait déjà !) use inéluctablement : il use l'Empire romain, le catholicisme, les Lumières... et l'islam.

Et fait perdre tout repère. C'est ainsi que la France de "l'identité nationale" actuellement au pouvoir piétine allègrement - sans doute au nom d'autres "valeurs", disons... économiques - les valeurs qu'elle prétend défendre, si l'on en croit le pape lui-même s'exprimant (hier 22 août) en français.

C'est ainsi que déjà celle de Chirac usait de ses armes - au bénéfice des dites valeurs disons... économiques" - pour une interposition en Côte d'Ivoire en faveur d'une rébellion arborant le tee-shirt "Ben Laden", contre un pouvoir de gauche laïque élu (et taxé dès lors de xénophopbie !)

C'est ce qu'on appelle se tirer une balle dans le pied ! Peu de doute que si un nouveau combat laïque doit être tenu face à l'obscurantisme barbu, il devra partir de la gauche, comme en Côte d'Ivoire. Il devra n'avoir pas peur de Daudet et de son Tartarin, ou de Tintin, mais aussi ne pas y croire, et rire de ce qu'ils doivent quand même à Voltaire et Hugo, et qui n'a sa place que dans les livres d'Histoire.

On ne bâtit pas sur la nostalgie de ce qui est irrémédiablement (et pour une large part, heureusement) usé, que cela sorte d'Al Andalous, ou du Paris de Notre-Dame et des Lumières.


King Crimson, Starless (Red - 1974)

samedi 21 août 2010

"Coopérant militaire au Togo" - aspects collatéraux...

... Hiérarchiques...

Hiérarchie militaire tout d'abord, dont, concernant le Togo, la vidéo sur le coopérant militaire (à revoir ci-dessous) traduit l'émergence supérieure hexagonale... susceptible d'être "très mal interprétée".

Et au-delà de cette hiérarchie-là transparait le reliquat d'une autre hiérarchie remontant, l'attitude des militaires togolais dans ladite vidéo n'en laisse aucun doute, à l'époque officiellement coloniale, voire plus haut dans le temps...

tartarin.jpgCf. Alphonse Daudet, dans Tartarin de Tarascon (1872) : "le bourriquot algérien a les reins solides… il le faut bien pour supporter tout ce qu’il supporte… demandez plutôt aux Arabes. Voici comment ils expliquent notre organisation coloniale… en haut, disent-ils, il y a mouci le gouverneur, avec une grande trique, qui tape sur l’état-major; l’état-major, pour se venger, tape sur le soldat ; le soldat tape sur le colon, le colon tape sur l’arabe, l’arabe tape sur le nègre, le nègre tape sur le juif, le juif à son tour tape sur le bourriquot ; et le pauvre petit bourriquot n’ayant personne sur qui taper, tend l’échine et porte tout." (Les éléments "inférieurs", en-dessous de "l'Arabe", recoupant vraisemblablement la hiérarchie préexistante de la dhimmitude.)

Une hiérarchie dans les relations et les attitudes que l'on retrouve mutatis mutandis dans la vidéo sur le coopérant militaire au Togo, de l'impudence à l'obséquiosité, qui recoupe exactement une autre hiérarchie, celle d'une ancienne idéologie, celle de "la hiérarchie des 'races'". Ce qui correspond, on le sait, à la définition du racisme. Une idéologie reléguée dans le passé depuis 1945, abattue avec le nazisme, dernier de ses tenants officiels ; et dont les derniers reliquats institutionnels ont disparu dans les années 60 au Sud des Etats-Unis avec le combat pour les droits civiques et Martin Luther King, au début des années 90 en Afrique du Sud avec la libération, puis l'élection, de Nelson Mandela. Cela pour les reliquats institutionnels tandis que subsistent ici et là des reliquats plus ou moins inconscients, comme celui dont témoigne la vidéo en question. Trace par exemple lorsqu'on tel ou tel discours relègue les "noirs" dans le domaine des performances sportives ou musicales - "sens du rythme". Reliquats intégrés jusque chez certains des premiers porte-parole de la prise de conscience "noire". Qu'est-ce d'autre que le fameux "la raison est hellène, l'émotion est nègre" clamé par un chantre célèbre de la négritude ? Du chemin a été fait depuis, du chemin reste encore à faire.

L'idéologie raciste qui a vécu disons cinq siècles, se distingue évidemment de la xénophobie, immémoriale et partagée à un moment ou à un autre par tous les peuples. Car le racisme proprement dit est, lui, une idéologie précise, élaborée, qui substitue sa hiérarchie à toutes les autres, une hiérarchie disons phénotypique : invariablement "le blanc" est au sommet de cette hiérarchie. Pour ce qui est de ses zones inférieures, il y a une relative variabilité : en général les "noirs" sont relégués en bas, parfois (Kant par exemple) les "Amérindiens".

S'il peut donc y avoir des variantes par le bas, le seul invariant est que "le blanc" est au sommet.

Ce dont témoigne la vidéo illustrant une scène banale, c'est que des reliquats subsistent évidemment (ce n'est pas un scoop) ; et qu'ils marquent l'inconscient des uns comme des autres.

Ce qui doit mettre en question le concept nouveau de "racisme anti-blancs". Il n'y a jamais eu d'idéologie élaborée, à revendication "scientifique", proposant d'inverser ladite "hiérarchie" ! D'où l'on peut considérer le lancement de ce concept (par l'extrême droite française, me semble-t-il) comme une sorte d'escroquerie intellectuelle, et la reprise de ce concept par d'autres courants (de droite, voire de gauche) comme au mieux de la naïveté, au pire de la mauvaise foi.

Voilà qui demande quelque explication sur des comportements "anti-blancs", entendons "anti-occidentaux", avérés, notamment en Occident - dans les violences perpétrées dans des milieux issus de l'immigration. Au regard de réalités comme celle que dévoile ladite vidéo, il faut alors parler de ressentiment intense à la mesure de la violence dans son expression. Or la caractéristique du ressentiment est qu'il est captif de sa propre frustration. En d'autres termes, ce qu'on appelle de façon bien simpliste "racisme anti-blancs" est une explosion, jamais théorisée, d'un ressentiment intense qui assume sans s'en rendre clairement compte les reliquats de l'ancienne hiérarchie. Un fort sentiment d'infériorité, dont la violence de l'expression est à la mesure du sentiment d'impuissance qu'elle exprime. Le fameux terme "souchien", qui a eu un tel succès, ne dit rien d'autre. Aucune théorisation, expression d'une impuissance explosive.

Explosions sporadiques, advenant souvent en Occident, mais pas uniquement, et qui trahissent cet inconscient intégré de part et d'autre et que dévoile la vidéo sur le coopérant militaire au Togo.

La voie de la libération est en marche tout simplement parce que l'on sait, l'on voit, le sens de cette vidéo est évident. Et la liberté en marche par rapport à cet héritage-là abattu en 1945 est le fondement de l'égalité qui ouvre sur la fraternité.



vendredi 20 août 2010

Retour sur le film "coopérant militaire au Togo"

Un bug qui en dit beaucoup... et dont l'officier français pris "la main dans le sac" explique à L'Express qu'il "savait que cela allait être très mal interprété".

Mauvaise interprétation : l'officier français tutoie (et sur quel ton !) le journaliste togolais, qui n'hausse (relativement) le ton que contre un de ses compatriotes lui demandant d'obtempérer. Face à l'officier français, il reste très humble, affectant une sorte de soumission, s'engageant à obtempérer (plus tard) et à détruire la photo (plus tard). On comprend qu'il n'a pas l'intention de le faire. C'est le ton qui est remarquable... et qui n'a rien d'extraordinaire quand on a assisté à ce genre de scènes, plus ou moins banales en Afrique ! Non pas quand au fait précis, à l'exigence de l'officier, mais quant au type de la relation, qui dans le film transpire de chaque geste et regard des soldats togolais... face à un supérieur.

C'est à ce point que la sanction contre l'officier pris "la main dans le sac", à savoir filmé, tout simplement, est un écran de fumée ! "Très mal interprété", dit-il, parlant de son attitude. C'est que la domination de coopération avec l'armée togolaise dévoile une attitude courante, et pas seulement chez les militaires (une banalité pour qui connaît l'Afrique).

Une attitude, un type de relation réciproque, car toute relation est réciproque, qui est en passe de changer enfin, suite aux "mauvaises interprétations" qui s'imposent au regard d'un tel film... Des attitudes dont les racines plongent en des temps immémoriaux. C'est ce qui est en passe d'être dépassé, au-delà de la soumission — hiérarchique ! — comme du ressentiment ou des révoltes sporadiques, qui sont l'expression inversée de cette relation hiérarchique depuis si longtemps intégrée qu'elle en est devenue réflexe !



Une citation connue d'Ibn Khaldun (1332-1406) offre un éclairage intéressant sur la naissance de l'idéologie raciste : "Les seuls peuples à accepter vraiment l'esclavage sans espoir de retour sont les nègres, en raison d'un degré inférieur d'humanité, leur place étant plus proche du stade de l'animal" (cité par Tidiane N'Diaye, L'éclipse des Dieux, Grandeur et désespérance des peuples noirs, Editions du Rocher/Le Serpent à plumes, mars 2006. Cf. ici).

On est à l'avant veille des grandes déportations esclavagistes débutant fin-XVe siècle. Ibn Khaldun est musulman, au sens où — mutatis mutandis — Voltaire (qui fournit nombre de citations équivalentes sur le même sujet) est chrétien : son islam est d'un type assez... "modéré" ! Or l'islam comme religion prévoit qu'un musulman n'a, en principe, pas à être réduit, ou maintenu, en esclavage. Or les esclaves, en terre d'islam, et quelle que soit leur couleur de peau, sont couramment amenés à l'islam (parallèle — toujours mutatis mutandis — : le code noir de Louis XIV stipulait que les esclaves devaient être baptisés). Et leur descendance avec eux — exception faite de ceux qui subissaient la pratique de la castration, fréquente en islam, le fait est indéniable. Cf. ici. Mais cela ne concerne vraisemblablement pas tous les esclaves (ici aussi indépendamment de leur couleur) : il est peu vraisemblable que les esclaves "employés" comme force militaire, par exemple, aient été châtrés (sauf, sans doute, attachés militaires aux gynécées, par exemple)...

Esclaves passant à la religion des maîtres, voilà qui posait à ces derniers un problème... économique, contourné plus facilement par ceux dont la religion est complétée par un discours "sociologique", ou pré-"scientifique" (Ibn Khaldun comme Voltaire). Dans cette perspective, on légitime l'esclavage sur des bases... disons "anthropologiques". Certes, les esclaves peuvent être musulmans (ou chrétiens, ailleurs), ils n'en demeurent pas moins "autres", en l'occurrence "inférieurs" (puisqu'esclaves, pardi !) : cela vaut dans un premier temps pour les Slaves (d'où le nom esclave dans les langues occidentales). Précision de V.V., qui signale qu'on retrouve les racines du terme "Slave" "dans le mot russe slava (gloire) ou le mot slovo (mot). Cette dernière hypothèse est intéressante, car elle signifierait une identité liée à la langue. Elle peut être renforcée par le fait qu'en Russe, mais aussi en Polonais je crois, le mot Allemand (individu) se traduit par niemietski, qui peut se traduire par non-parlant alors qu'Allemagne se traduit par Guermania et l'adjectif allemand par guermanski (dissociation entre le pays, ce qui s'y rapporte et la population qui aurait été donc caractérisée par le fait qu'elle ne parle pas la même langue -que les slaves). En russe esclave se traduit par rab (travail = pabota)".

Outre les Slaves, les Africains subiront un regard dépréciatif collectif du même ordre. Lorsque les Slaves adoptent la religion de leurs maîtres, il finissent par ne plus vraiment s'en distinguer (physiquement). Les Africains, eux conservent leur pigmentation, qui devient la base d'une considération hiérarchique étayée par la couleur, à l'appui de développements comme les relectures du mythe de la malédiction de Cham (ici les trois "monothéismes" rivalisent en délire). Bref, il n'y a pas à ce point de spécificité musulmane, ni autre, mais une sorte de laïcisation (dont Ibn Khaldun est en quelque sorte annonciateur) à utilité économique par laquelle se met en place l'idéologie raciste visant à asseoir la domination des propriétaires d'esclaves. Une idéologie désormais abattue (pour l'Europe, disons depuis la victoire de 1945 contre l'Allemagne nazie), mais qui continue à porter ses fruits pourris...



Fruits pourris comme celui que trahit ce film forcément "très mal interprété"...

Cinquante ans après les indépendances, autre chose se dessine : c'est ce que dit sans ambiguïté le fait que ce film ait été relevé, ait circulé. Il n'y a pas si longtemps, il serait passé inaperçu, comme chose banale. Peut-être un des effets du "non" martelé par les patriotes ivoiriens en nov. 2004.

S'annoncent en filigrane des lendemains d'égalité...

mercredi 18 août 2010

En généraux - 2. Auparavant

En 2004, avant la nomination du Gal Mangou qui parviendra à obtenir du Gal Poncet le départ des chars français des rues d'Abidjan, un autre chef d'état-major des Armées est en place, le Gal Doué. Est-ce de lui qu'il est question quand Thomas Hofnung, spécialiste Afrique de Libération, évoque cette hypothèse qu'il rejette ? : "la France avait bien l’intention de déposer Laurent Gbagbo, mais au dernier moment, le haut responsable ivoirien qui devait prendre les rênes du pouvoir se serait 'dégonflé'." Hypothèse rejetée, donc, puisque Hofnung, spécialiste Afrique de Libération, persiste à se faire l'attaché en communication de la hiérarchie militaire française officielle !



"On comprend bien l’intérêt de l’armée française à allumer périodiquement des contre-feux. On comprend moins bien l’intérêt d’un journaliste à risquer sa réputation pour relayer ces écrans de fumée au lieu de réclamer justice pour les victimes", lit-on sur le site de Survie (25 juillet 2010, article de Raphaël Granvaud).

Ce qu'il s'agit de masquer par ces contre-feux, c'est que "les enquêtes de la FIDH, d’Amnesty et de la Croix rouge confirment l’ordre de grandeur et surtout le caractère délibéré et gratuit de ce qu’il faut bien appeler, sans guillemet, un massacre" (cit. ibid.) - rejoignant le chiffre des autorités ivoiriennes : 90 tués et plus de 2000 blessés...

On est loin de la "vingtaine" concédée par la ministre française de la Défense de l'époque, Mme Alliot-Marie, après moult versions variées et dénégations (ce qui lui valu en côte d'Ivoire la relecture de ses initiales : MAM, "Mensonge après mensonge" !), on est au-delà de la "douzaine" (sic), dont parle Paul Moreira dans son blog (pour le seul 9 novembre 2004)... Une bourriche, vous dis-je, une bourriche !

Car "il est malhonnête de ne pas rappeler que cette fusillade n’était pas la première, et que dans la nuit du 6 au 7 novembre notamment, l’armée française avait tiré depuis des hélicoptères sur des foules de manifestants également désarmés", rappelle Raphaël Granvaud (ibid.) repris par Paul Moreira (ibid.).



Nous voilà donc en juillet 2010 : près de 6 ans depuis nov. 2004, pour qu'on entende enfin en France que les articles de Hofnung, en Une de Libération, étaient des relais des contre-feux de la hiérarchie militaire française et de son chef suprême, le Président de la République, alors J. Chrirac, himself...

En 2004, même Canal + et Paul Moreira, diffusant heureusement leurs reportages, même Le Canard Enchaîné et Marianne, dont Moreira signale (ibid.) qu'ils ont plus ou moins rendu compte des événements, même Survie - même eux restent dans l'ambiance générale, qui veut que la ligne chiraquienne soit juste (une "interposition"), jusque dans ce que Survie relayé par Moreira, qualifie aujourd'hui de "crime de guerre" !



Même Nonobs, avec Robert Marmoz, est alors dans une ligne de proche de Hofnung et de Libé, relayant la Licorne, ou du Figaro, relayant carrément les menaces de coup d'État : "Des signaux clairs ont été envoyés au président ivoirien pour lui signifier que son avenir politique pourrait être sérieusement compromis. Il pourrait faire l’objet de sanctions internationales, voire être poussé vers la sortie. [...] À Paris, circulaient des noms de remplaçants éventuels, militaires ou politiques." (Cit. Survie, ibid.)

Nonobs relaye alors pour sa part un appel de Montebourg et quelques socialistes français demandant, dans ce contexte, l'exclusion de Gbagbo et du FPI de l'Internationale socialiste ! C'est au point que lorsque sur mon blog Nonobs de l'époque, je dénonce cet appel, je subis ma première censure officielle (pas un bug, à l'époque !)...

Il aurait pourtant suffi de lire mon modeste blog, disparu depuis, pour entendre une parole dubitative quant à la version française officielle d'alors, celle relayée par Hofnung.

Une mise en question ignorée en France, où on s'en tient à la parole d'État, à gauche comme à droite ! Il aura fallu près de six ans pour entendre ces mise en question ! En Côte d'Ivoire, déjà en 2006, il est évident que Hofnung se livre à un "révisionnisme évolutif", et pas seulement pour les tirs sur Abidjan, mais aussi sur le motif de leur déclenchement, le mystérieux "bombardement de Bouaké".

Ici aussi, pour les événements de Bouaké, encore un effort...

mardi 17 août 2010

En généraux !

Pourquoi les chars français ont quitté les rues d'Abidjan en 2004...
Deux hommes, le Gal Mangou et le Gal Poncet se sont rencontrés en généraux... et ont prié !

« Lorsque le 23 novembre 2004, le Président de la République m’a nommé comme CEMA [chef d'état-major des Armées], nous venions de subir les bombardements de la Licorne et leurs chars occupaient Abidjan. Je devais aller discuter avec le général Poncet qui commandait les troupes françaises, afin que nos soldats continuent de travailler pour sécuriser nos positions. Lorsque je suis allé voir Poncet, il a d’abord fait une requête. Il a souligné qu’il savait que je suis un fils de pasteur et voudrait qu’on prie d’abord avant de commencer à discuter. C’est lui qui a sorti la Bible et nous avons prié. Le lendemain, les chars français quittaient nos rues », a révélé le général Mangou, chef d'état-major des Armées de Côte d'Ivoire.


lundi 16 août 2010

"Vos papiers"

« Ils "savent" qu'eux "ont leurs papiers", quels qu'ils puissent être, je suis censé ne pas les avoir, ou ne pas avoir les "bons" ou les "vrais". Leur supériorité sur moi ne tient pas seulement à leur couleur de peau, elle n'est plus transcendante, ni même génétique, elle est bêtement administrative. »

C'est un extrait du blog de Joël Assoko ex du blog Nonobs "De omni re scibili...et quibusdam aliis".

Il semble en effet qu'on en est bien là :
« l'image est ancrée maintenant dans l'inconscient collectif que la tâche principale de l'appareil répressif de l'État français est de s'occuper des étrangers. [...] Quand on vous a dépossédé du réflexe de demander justice, on vous a privé de l'essentiel. » (Ibid.)

« Pour qu'il s'exprime dans toute sa splendeur, il faut toutefois qu'il ait l'aval et l'assentiment de l’État, de la force publique. Tel sera bientôt le cas en France. » (Ibid. L'article en entier ici.)

dimanche 15 août 2010

Controverse ministre-maire - vers une interposition

"Rétablir l'ordre public et l'autorité de l'État", dixit le ministre de Intérieur suite aux émeutes de Grenoble, sous-entendant donc que l'État est en passe de défaillir. Dans cette ambiance jugée donc quasi officiellement comme de pré-guerre civile, le ministre de l'Industrie en rajoute une couche en dénonçant la faillite des maires (dont celui de Grenoble), tentant ainsi de dédouaner l'autorité nationale - ce qui revient à un aveu par la bande de sa défaillance !

Défaillance de l'État !... Quand au même moment l'Onu stigmatise la mise en place par ce même État d'un concept d'ivoirité de francité visant à exclure plusieurs catégories de la population - ce qui ne manque pas de susciter l'émotion à l'étranger.

À l'instar de l'interposition française en Côte d'Ivoire après les émeutes de 2002, finalement appuyée par l'Onu - l'UA par exemple, puisque des ressortissants du continent africain semblent visés par les mesures mises en place dans la cadre du développement du concept de francité, pourrait proposer une force d'interposition entre les rebelles (de la Villeneuve en banlieue de Grenoble, et autres...) et le gouvernement français. Une interposition neutre, cela va de soi, tant il est indubitable depuis l'interposition française en Côte d'Ivoire qu'une "interposition" entre une rébellion et un gouvernement élu est une chose "neutre"...

On pourrait alors réunir les protagonistes du conflit, par exemple au stade de Marcoussis Johannesburg, Soccer City (où les tensions "ethniques" françaises sont déjà connues), et mettre en place un gouvernement de réconciliation ; et comme en 2003 à Marcoussis pour la Côte d'Ivoire, proposer le ministère de l'Intérieur aux rebelles (quoi de mieux pour régler le problème ?)... Enfin, c'est une proposition qui vaut ce qu'elle vaut...


samedi 14 août 2010

Un coopérant militaire français filmé au Togo - le 'bug' !

Le "bug", c'est qu'on l'ait vu. L'officier français ne s'y est pas trompé. Il l'explique dans L'Express : "j'ai remarqué qu'un photographe me prenait en train de commander aux gendarmes, et je savais que cela allait être très mal interprété. C'est pour cela que j'ai demandé au reporter d'effacer sa photo..."



Le "bug", au-delà de la question journaliste-militaire, c'est qu'on ait vu quelque chose qui n'est pas inhabituel. Le "bug", c'est qu'on voit très bien sur la vidéo que les gendarmes togolais sont soumis à l'officier français - et ça, il savait, comme il dit, "que cela allait être très mal interprété". Qu'on allait y voir la persistance d'un rapport hiérarchique (qui ne vaut pas que pour les seuls militaires)...

Le 'bug' c'est aussi que cet homme serve à présent de fusible, comme il l'accepte sans problème en reconnaissant comme légitime la sanction qu'il va subir : "'rappelé immédiatement à Paris', [il] se voit infliger 'une sanction disciplinaire de dix jours' pour 'atteinte au renom de l’armée française', a déclaré vendredi le Quai d’Orsay." (lejdd.fr - cit. Th. Kouamouo)

C'est ainsi que "la France a voulu montrer qu’elle ne tolérait pas son attitude, aux relents de colonialisme" (lejdd.fr - ibid.), supposant, sinon, "que cela allait être très mal interprété"...

Et l'officier de résumer la situation : "les Togolais sont très sympathiques et pro-français. Il n' y aucune animosité envers le Blanc, le Français, le militaire", ajoutant plus loin, semblant ne pas voir la contradiction : "c'est l'éternel problème de la France qui, quoi qu'elle fasse, est mal vue."

(Voir aussi l'analyse de Théophile Kouamouo.)

Le "bug", c'est aussi que cette attitude "normale", quotidienne, est assumée, comme le montre la vidéo, même par ceux qui sont soumis, au point que même leur refus revient à un ressentiment diffus et à des crises sporadiques. Tel est le cinquantenaire des "indépendances" signifié remarquablement ce dernier 14 juillet sur les champs Elysées.

Encore un effort pour l'égalité, la fraternité et la liberté chantées le 14 juillet.

vendredi 13 août 2010

Edward Scissorhands et le 'bug'

Edward Scissorhands(Edward aux mains d'argent),
un film de Tim Burton.


Edward (Johnny Depp) a des ciseaux à la place des mains. Il vit seul dans un château coupé du reste du monde, où l'a conçu un créateur mort - c'est le bug - avant de lui avoir donné des mains, restées comme des ciseaux.

Un jour une représentante en produits cosmétiques découvre le jeune homme et l'invite à vivre dans son foyer... où se nouera un lien platonique entre Edward et Kim (Winona Ryder), fille de la représentante.

Edward aux Mains d'argent c'est le fils direct de Frankenstein, de Pinocchio et de la Belle et la bête, un être innocent, sensible et pur qui plonge dans l'univers pastel de la banlieue américaine.

Edward est finalement rejeté par ceux qui l'ont accueilli, quand sa différence fait de lui une bête traquée comme avant lui, King Kong, Frankenstein ou Elephant Man, les êtres différents des contes de fée, mis au ban.

Edward retiré dans son château, sculpte éternellement la glace, en hommage à cette Mme Edward platonique, Kim, qui danse avec les flocons de neige, produits des chutes de l'oeuvre des ciseaux.

(Source ici.)

mercredi 11 août 2010

Brazil et le 'bug'

... Quand un cafard (un bug) provoque un dérèglement...

Brazil, un film de Terry Gilliam qui nous plonge dans un univers qui pourrait être celui de 1984 d’Orwell.

"Quelque part au XXème siècle", dans une société entièrement dominée par la bureaucratie...


Sam Lowry (Jonathan Pryce) est un des milliers de fonctionnaires qui travaillent au ministère de l’Information et qui jour après jour répète les mêmes gestes, les mêmes courbettes vis à vis de ses supérieurs. Sam ne se plaint pas du poste qu’il occupe car sa vraie vie il la goûte chaque nuit dans ses rêves. Tout bascule quand un cafard (un bug) provoque un dérèglement dans cette grosse machine bureaucratique : on fait une erreur dans un ordre d’arrestation en confondant le nom du « terroriste » chauffagiste clandestin Tuttle (Robert de Niro) avec Buttle, le nom d’un honnête père de famille. Sam enquête sur cette erreur et rencontre Jill (Kim Greist) la figure angélique de ses rêves et entre au ministère du Recoupement pour en savoir plus sur elle. A partir de là ses ennuis commencent…

(Source ici.)



Big brother

Extrait de 1984 de George Orwell :
« Elle se retourna dans le lit, attrapa un soulier sur le parquet et le lança avec violence dans un angle de la pièce […].
– Qu’est-ce que c’était ? demanda-t-il surpris.
– Un rat. J’ai vu pointer son sale museau hors de la boiserie. Il y a un trou, là. Mais je lui ai foutu les foies.
– Des rats, murmura Winston. Dans cette chambre !
– Il y en a partout, dit Julia avec indifférence en se recouchant. Nous en avons même dans la cuisine, au foyer. Il y a des parties de Londres où ils fourmillent. Savais-tu qu’ils attaquent les enfants ? Oui, des enfants. Dans certaines rues, les femmes n’osent pas laisser un bébé tout seul deux minutes. Ce sont les grands gros bruns. Et l’horrible, c’est que ces sales bêtes, toujours…
– Tais-toi, dit Winston, les yeux étroitement fermés.
– Chéri ! Tu es devenu tout pâle ! Qu’y a-t-il ? Ce sont les rats qui te donnent mal au cœur ?
– De toutes les horreurs du monde… un rat ! »

On connaît la fin de l’histoire : Big Brother — a dans son fichier l’info selon laquelle Winston qui aime Julia, est terrorisé par les rats.

Et lorsqu’il s’agira de le faire plier…

mardi 10 août 2010

Intrus...



"La mort ? Je suis contre !"
"Elle est la même depuis toujours : je suis contre la mort !"
"C'est une sale histoire de vieillir et je vous conseille de l'éviter si vous pouvez ! Vieillir ne présente aucun avantage. On ne devient pas plus sage, mais on a mal au dos, on ne voit plus très bien, on a besoin d’un appareil auditif pour entendre. Je vous déconseille de vieillir." (Woody Allen, Cannes, mai 2010)

bis repetita

Il s'agit à présent de ne pas "faire perdre la face à l'appareil judiciaire" (sic) !


AFP, lundi 19 juillet 2010 :

"Le gouvernement ivoirien a dit lundi souhaiter la remise en liberté des trois journalistes écroués à Abidjan à la suite de la publication des conclusions confidentielles d'une enquête judiciaire sur des malversations présumées dans la filière cacao en Côte d'Ivoire."

"'Pour nous, il s'agit de tout faire pour que les journalistes soient libérés', sans faire perdre la face à l'appareil judiciaire" (sic) !