<script src='http://s1.wordpress.com/wp-content/plugins/snow/snowstorm.js?ver=3' type='text/javascript'></script>
Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur - Le mensonge se lève très tôt mais la vérité finit par le rattraper - Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage

mercredi 29 septembre 2010

Édit de Nantes et loi Taubira (2)

"Un temps pour se taire, et un temps pour parler" (Ecclésiaste 3, 7)

(Suite d'un débat initié ici et ici.)

L'Édit de Nantes prône le silence, la loi Taubira ouvre à la parole.

L'Édit de Nantes est probablement judicieux, l'histoire l'a montré, dans le contexte d'un immédiat après-guerre, l'immédiat après-guerres de religion — comme le sera d'une autre façon le mythe de De Gaulle sur la France unanimement résistante ; comme aussi l'accord inter-Ivoiriens de Ouagadougou, voire comme la loi Schoelcher.

L'Édit de Nantes se présente comme l'option inverse à celle de l'ouverture sur la recherche : il stipule expressément que l'on devra taire les faits ("n'en point faire mention")...



En 2001, non plus sur les guerres de religion mais sur la mémoire de l’esclavage, la loi Taubira, à l'opposé, reconnait qu'il est temps d'ouvrir les archives (plus de 150 ans après l'abolition de l'esclavage !). Cela a déjà commencé et a déjà eu des effets heureux (le débat historien est incontestablement lancé comme il ne l'avait jamais été, de manière ouverte au grand public).

Il est peut-être un temps pour le silence préconisé par l'Édit de Nantes quand les blessures sont vives, il est de toute façon aussi un temps pour parler quand les blessures risquent d'éclater à force d'être tues.

La représentation parlementaire française des deux chambres votant à l'unanimité la loi Taubira l'a fort bien compris. Mais il était inévitable, au-delà d'une recherche apaisée, qu'il y ait tôt au tard des attaques violentes contre l'ouverture d'archives qui portent atteinte à un mythe national qui s'est bâtit sur le silence antécédent. Tout comme la fin du mythe d'après la dernière guerre a suscité des retours d'antisémitisme — allant du comptage des juifs dans les médias au négationnisme de la Shoah et passant par des profanations de tombes ou des remarques... de "détail"...

En 2001, et suite aux commémorations de 1998, il semblait être temps de libérer la parole et d'encourager à ouvrir les archives concernant l'esclavage et la traite, en commençant par donner acte aux abolitionnistes du XIXe siècle d'avoir parlé de "crime contre l'humanité", sans que ce soit toujours sous le terme précis, mais plutôt sous ceux de "crime contre les Droits de l'Homme", "crime contre l'Homme", "injure contre l'Humanité", etc. Une citation de Victor Schoelcher : "Disons-nous et disons à nos enfants que tant qu’il restera un esclave sur la surface de la Terre, l’asservissement de cet homme est une injure permanente faite à la race humaine toute entière". On est dans une pré-définition précise de ce qui sera défini comme crime contre l'humanité : "injure permanente faite à la race humaine toute entière".



La loi votée en 2001 n'a pas manqué de susciter des réactions passionnées :

- Réactions faisant fi des travaux parlementaires qui ont déjà répondu à de supposées objections constitutionnelles invoquant les art. 34 et 37 de la constitution qui auraient échappé à la représentation nationale des deux chambres unanimes ! Or ces objections ont été réfutées à l'avance lors de la discussion de la loi, y compris par des députés de droite : "Le Gouvernement, qui, en application de l'article 41 de la Constitution, est le seul à pouvoir contester la présence d'une disposition d'ordre réglementaire dans un texte de loi, a lui-même reconnu au Sénat, par la voix de son secrétaire d'Etat à l'outre-mer, l'importance de ce devoir de mémoire et la nécessité de faire figurer ces évènements dans les manuels scolaires, trop longtemps muets sur cette question. A l'Assemblée nationale, M. Renaud Donnedieu de Vabres a eu une position similaire en affirmant qu'il « n'était pas possible de priver le Parlement de la possibilité d'exprimer ce souhait fort, quels que soient les contenus de l'article 34 et de l'article 37 »."

- Réactions évoquant l'anachronisme quant à l'usage de termes comme "crime contre l'humanité" déjà utilisés au temps de Schoelcher (parlant donc déjà pour sa part d'"injure permanente faite à la race humaine toute entière", etc.).



- Réactions demandant à la France de commémorer aussi la traite arabo-musulmane à laquelle elle n'a pas participé !, etc. C'est à ce point que P.-Grenouilleau a été mis à profit d'une façon explicitement anti-loi Taubira, via l'usage de son gros pamphlet, voulu anti-loi Taubira, et ayant été reçu comme tel (d'où des mises en cause parfois de même passionnées), et ayant été primé pour cette raison lors de la tentative de corriger la libération de la recherche par la loi Taubira en tentant d'indiquer aux historiens qu'il fallait trouver en la matière des "bienfaits" à la colonisation.
Voilà un livre et son auteur qui auraient fait l'objet, comme on l'a entendu, de "lynchage", "délit d'opinion" ou autres "procès en sorcellerie"... Quand en fait, on le sait, il été primé ! On a trouvé mieux en matière de "lynchage" ! Autant de propos excessifs plus propres à ouvrir les boîtes de Pandore que, comme elle en a pourtant été accusée, la simple libération de la recherche après l'oubli que recommande la loi Taubira !

Étrange passion que ces réactions contre la réouverture de la recherche et contre une parole parlementaire unanime nommant ce qu'il en fut 150 ans après les faits !

lundi 27 septembre 2010

Édit de Nantes et loi Taubira

L'article I de l'Édit de Nantes stipule "que la mémoire de toutes choses passées d'une part et d'autre, depuis le commencement du mois de mars 1585 jusqu'à notre avènement à la couronne et durant les autres troubles précédents et à leur occasion, demeurera éteinte et assoupie, comme de chose non advenue. Et ne sera loisible ni permis à nos procureurs généraux, ni autres personnes quelconques, publiques ni privées, en quelque temps, ni pour quelque occasion que ce soit, en faire mention, procès ou poursuite en aucunes cours ou juridictions que ce soit".

Bref on n'enseignera pas ce qui vient de se produire en France en matière de massacres. Et quand on sait qu'Henri IV, qui signe l'édit en 1598, vient de la communauté protestante qui a subi le massacre de la saint Barthélemy en 1572, soit 26 ans avant, on reste à la fois admiratif et perplexe.



Cette voie, celle de l'oubli, est encore celle pour laquelle a opté la Côte d'Ivoire dans l'accord de Ouagadougou de 2007.

C'est peut-être l'option pour laquelle a opté de Gaulle au lendemain de la guerre de 1939-1945, bâtissant le mythe d'une France unanimement résistante. Même option peut-être d'une autre façon lors de la loi Schoelcher abolissant esclavage en 1848... et indemnisant les propriétaires d'esclaves pour la perte de leurs "bien meubles" (pour reprendre les termes du Code noir, émis sous le règne de Louis XIV la même année que l'Édit de Fontainebleau qui révoquait l'Édit de Nantes – 1685).

Une voie qui, dans la suite immédiate des blessures, et dans la nécessité de réconcilier un pays, s'avère, et s'est avérée fructueuse en matière de pacification.

Mais qu'en est-il quand les décennies et les siècles ont passé ? Aurait-il été raisonnable d'occulter les faits indéfiniment ? D'enjoindre instamment les historiens de limiter leur recherche au seuil de ce qui pourrait raviver ce qui a tant blessé ?

Depuis 1945, le temps est passé. On a réouvert les dossiers, sans trop de problèmes... Quoique ! La loi Taubira ne fait que proposer de rouvrir un dossier bien plus ancien, et quel tollé ! Voilà qui est troublant...




(Suite à un débat initié ici...) Le législateur n’a pas à se substituer aux historiens. Tout à fait d'accord. Mais cela n'atteint pas la loi Taubira. Au contraire elle ouvre le travail des historiens, sans lui donner d'indications a priori. Si la tentative de loi sur "les bienfaits de la colonisation" cherchait en effet à expliquer aux historiens ce qu’ils devaient trouver et enseigner, les autres lois "mémorielles", à commencer par la loi Taubira, et à finir par la loi Gayssot, elles, n'indiquent pas ce que les historiens doivent trouver : la loi Gayssot ne fait que rappeler le jugement du tribunal de Nuremberg et l’illégitimité de le contester, la loi Taubira ne fait que rappeler que le concept de crime contre l’humanité, concept juridique depuis Nuremberg, a été forgé précisément dans les combats anti-esclavagistes du XIXe siècle, et dire qu’en parler a sa place en histoire. Rien qui interfère avec le travail historien, rien d’autre que ce qui concerne le droit partagé (ce qui est bien le rôle d’une Assemblée législative). (Développement et suite ici.)

Alors on parle d'anachronisme, concernant la notion de "crime contre l'humanité" dans la loi Taubira. Parler d'anachronisme à ce propos quand cette notion de "crime contre l'humanité" est récurrente dans les textes anti-esclavagistes de l'époque de la loi Schoelcher (a fortiori sous des noms divers et pas encore fixés, par ex. "crime contre l'Homme") a tout de même quelque chose d'un peu... orienté.

Par ailleurs, on lui met en vis-à-vis les déportations arabo-musulmanes, arguant que "les Africains, par solidarité religieuse, se taisent", comme on l'entend-on parfois, en rajoutant au fait que les historiens arabes sont peu loquaces. Propos d'autant plus étrange qu'il est appuyé à l'occasion sur un livre comme "Le génocide voilé", écrit par un Africain musulman ! (Cf. ici sur ce sujet.) Cela sans compter le fait que la majorité des Africains sud-sahariens sont chrétiens, et que les mêmes qui dénoncent cette supposée "solidarité religieuse avec les musulmans" stigmatisent régulièrement ce que, pour l'Afrique, ils intitulent sans nuances ni hésitation "conflits ethno-religieux islamo-chrétiens". Une logique un peu sinueuse !

Se taisent ? Silence ? Quel silence ? (Apparemment ici, il s'agirait au contraire ne pas opter pour l'oubli !) Concernant cette "la solidarité religieuse", cette "aveugle solidarité musulmane", cette seule mention, fréquente, montre justement qu'il n'y a aucun silence, que ce soit sur cette "solidarité" ou sur la "traite". On est là tout bonnement face à la même confrontation aux faits, dans les mêmes termes que ceux que reprend l'argumentation et le débat qui ont mené à la loi Taubira. Oui, il y a une tendance à l'occultation, un déficit d'enseignement, aussi bien pour la traite musulmane que pour la traite atlantique, auxquels veulent remédier tant les recherches de Tidiane N'Diaye (et il y a d’autres chercheurs africains qui ont fait et font un travail considérable : j'ai souvent évoqué Harris Mémel Fôté ça et là dans mon blogging, par ex.), que les travaux ayant abouti à la loi Taubira - qui, étant une loi française, se limite à juste titre au problème français (ce n'est ni partial, ni partiel, c'est humble - et je soutiens que c'est tout à l’honneur de la France). S'attaquer aux abîmes de leur propre passé (plutôt qu'à ceux des autres) est de la responsabilité de chaque peuple souverain : il y a là une véritable solidarité nationale barrant au contraire la route aux solidarités "raciales" et autres concurrences des mémoires. Les parlementaires français de tout bord politique, unanimes à voter cette loi, étaient sans doute bien placés pour le savoir.

La loi Taubira comme la loi Gayssot, si elles sont bien lues, reprennent simplement les acquis juridiques posés antérieurement (Schoelcher et Nuremberg) et en tirent les conséquences pour notre temps. Elles ne limitent pas la recherche, si elles sont lues rigoureusement, contrairement à ce qu'aurait été une loi sur les bienfaits de la colonisation, ne parlant pas, par ex., d’enseignement des méfaits, mais des faits, objets de recherche.

samedi 25 septembre 2010

Harkis - Dans le passage de Toussaint Louverture à Frantz Fanon

Césaire note cet apport de Toussaint Louverture : "Toussaint Louverture est celui qui donne de la chair aux principes de la Révolution."

Témoin de l'universalité concrète des principes de la Révolution : pensons que les théoriciens officiels des Droits universels abstraits avaient tant de peine à imaginer qu’ils pouvaient concerner les "non-blancs" et les femmes !

On n’a pas fini de mesurer l’apport de Toussaint Louverture... mort emprisonné au Fort de Joux dans le massif du Jura suite à la trahison du confiscateur de la Révolution, Napoléon, inscrivant la France dans l’apartheid !

fort-de-joux.jpg

Une confiscation comme il y en eu tant d'autres ! Contradiction entre les valeurs de la Révolution et une certaine idée de "l'identité française" qui en est la trahison...

Un siècle et demi plus tard : "La question des harkis pose à l'histoire enseignée une série d’interrogations qui tournent autour de la contradiction entre les valeurs de la République et la réalité coloniale et post coloniale. L'histoire singulière des harkis (leur place dans l'histoire de France, dans la colonie comme dans l'immigration) ne peut se réduire à une ou deux idées simples. Elle oblige d'une part à aborder dans toute sa complexité la guerre d'indépendance algérienne ; mais aussi à envisager la question de l'immigration des harkis et de l'accueil réservé par la France après guerre. Enfin, elle pose la question de l'identité française, entre indigénat et nationalité française, entre racisme et solidarité." http://www.histoire.ac-versailles.fr/IMG/pdf/La_question_des_Harkis.pdf

Contradiction entre les valeurs de la Révolution - à laquelle les harkis (on peut leur faire ce crédit !) ont cru - ; et une certaine idée de "l'identité française" qui en est la trahison - ce dont Frantz Fanon (des Antilles française, comme Louverture était de la Saint-Domingue française) prend acte, rejoignant le FLN - comme Toussaint Louverture, trahi, pose les bases de la Révolution en Haïti et les bases de son indépendance.


http://afrosapiens.akwedo.com/post/1174469785/frantz-fanon-est-ne-a-fort-de-france-le-20-juillet


"L’indigène est un être parqué, l’apartheid n’est qu’une modalité de la compartimentation du monde colonial. La première chose que l’indigène apprend, c’est à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites. C’est pourquoi les rêves de l’indigène sont des rêves musculaires, des rêves d’action, des rêves agressifs." (Frantz Fanon)

Il est des semences, qui, comme portées par un vent irrépressible, répandent au loin les idées qui n'ont pas pu germer dans la terre où elles avaient éclos quand on les a trahies.


King Crimson - "Improvizáció..."

jeudi 23 septembre 2010

Harkis – Roms. Aucun rapport, évidemment... Quoique

Retour sur le film "La Blessure".

La question est posée sur un blogs Nonobs : ici, plus précisément dans les commentaires qui suivent le post.



Je n'ai pas vu le débat qui suivait le film. Débat au cours duquel, selon un commentateur du post, la journaliste présentant l’émission, B. Schönberg, aurait fait le rapprochement entre Harkis et Roms. Rapprochement que ledit commentateur dénonce, de façon à peu près irréfutable.

"Un seul bémol, dit-il, quand à la fin la journaliste [...] a fait une allusion aux étrangers que les français devraient regarder différemment je pense qu'elle faisait allusion aux Roms... qui n'avaient rien a faire là dedans, les harkis ont combattu avec la France les Roms pas que je sache..." ('Nirep') - Quoique...

L’auteur du post rejoint tout-à-fait le commentateur, ajoutant une argumentation détaillée. L'incongruité du rapprochement semble bien confirmée, faits d’histoire à l'appui :

"Les gitans étrangers n'avaient rien à faire dans cette remémoration de notre histoire :Il s'agissait d'une flétrissure de notre honneur militaire alors que l'expulsion des roms est affaire de simple police."

Concernant "l'amalgame qu'aurait fait la journaliste [...] entre le sort de harkis abandonnés [...] et celui ménagé de nos jours par la France aux étrangers [...] je ne vois aucun lien possible ne serait-ce qu'eu égard aux circonstances. La distance est encore plus grande si l'on suggère les Roms : Il s'agit d'une communauté de gens dont leur pays d'origine profite des statuts de l'Union Européenne pour s'en débarrasser, en ayant accessoirement piqué 20 Milliards à ses 'partenaires' censément pour aider ces populations défavorisées [...]
"Pour ce qui concerne les harkis, il y eut dans ces corps combattants pour la France, c'est connu, de tout comme sociétés, depuis les fidèles soldats qui ont cru à notre république et à un devenir réellement français dès lors qu'ils s'engageaient à fond à 'nos côtés'... jusqu'au fels retournés : prisonniers [qui] avaient 'parlé' et étaient dès lors repérés par la population à laquelle on les exposait ostensiblement et donc condamnés par leurs anciens complices.
En tout état de cause, ces gens ont servi sous notre drapeau et depuis que l'esprit belliqueux et agressif de l'homme s'est étayé de principes cohésifs, celui qui est resté fidèle à une cause, de gré ou de force, doit avoir droit à la protection de son camp : Les harkis ont été lâchement abandonnés."
('Marius')

Irréfutable sous l’angle abordé. Rien à voir entre les Roms et les Harkis. Toutefois - car me semble-t-il, il y a un toutefois, un toutefois qui se présente sous forme de classification, disons "ethnique"...

"Les pouvoirs publics [les] considèrent comme un groupe inadaptable qui serait une charge pour la société française". Un "groupe". De quel "groupe" s'agit-il ? D'un "groupe" de combattants "supplétifs", les Harkis abandonnés ou relégués dans des camps de regroupement ?

"Il revient [...] dans chaque département, aux préfets d'engager [...] une démarche systématique de démantèlement des camps illicites, en priorité ceux de Roms", précise un circulaire désormais fameuse d'août 2010 qui vise les Roms à plusieurs reprises nommément. Ici ce ne sont certes pas les anciens combattants du camp de la République française, c'est un autre "groupe". C'est là le point commun. Admettons le seul, mais il n'est pas négligeable...

C'est cela précisément qui a arrêté la commissaire européenne : "Dans notre Union européenne, aucun citoyen ne doit devenir la cible de l'action répressive seulement parce qu'il appartient à une minorité ethnique ou à une certaine nationalité".

Problème qu'a très bien perçu le ministre français de l'Intérieur, puisque c'est ce point précis que corrige la nouvelle rédaction, ministérielle, de la circulaire : cette nouvelle version plus courte, précise, au lieu de "Roms", "quels qu'en soient les occupants".



Or dans les années 1960, c'est le même type de considérations ethniques qui a fait obstacle au rapatriement de nombre de Harkis, et qui donc n'est pas sans rapport avec leur abandon aux massacres qu'ils ont subis, et c'est encore le même type de considérations ethniques qui a fait obstacle à l'intégration dans leur pays de ceux qui ont été rapatriés (bref, ils restaient des 'Arabes'). Le "groupe" "inadaptable" mentionné ci-dessus, c'était les Harkis, victimes, malgré leur passé au service de la République de leur statut de "groupe" :

"Les pouvoirs publics considèrent les Harkis comme un groupe inadaptable qui serait une charge pour la société française, un problème supplémentaire pour le secrétaire d'État chargé des rapatriés. Louis Joxe, ministre d'État chargé des affaires algériennes, prend alors des mesures pour dissuader les rapatriements. Le 12 mai 1962, il envoie un télégramme dans lequel il annonce un renvoi de tous les 'supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général de rapatriement'. Le 19, il demande aux préfets de s’opposer à toute installation de harkis qui n’aurait pas été planifiée. Malgré ces limites, 10 000 personnes seront rapatriées (harkis et leur famille).
"L’installation en France est difficile. Certains préfets refusent d’accueillir des harkis dans leur département. Les Harkis sont victimes de nombreux préjugés, ils sont suspects. Le travailleur catalan titre d’ailleurs le 13 octobre 1962 : 'Rivesaltes aura-t-il une municipalité harkie ?' et plus tard 'Que compte faire le conseil municipal pour nous débarrasser des Harkis ?'. Les pouvoirs publics interdisent certains départements (Seine et Oise, Seine, Bouches du Rhône) car il y a déjà de nombreux pieds-noirs."

Alors bien sûr, les choses sont par ailleurs radicalement différentes dans une situation et dans l'autre, comme le soulignent les commentaires cités ci-dessus, mais la coïncidence de l'actualité et du film de France3 ne laisse t’interpeller sur ce fait précis et sur la nécessité toujours actuelle de ne considérer personne comme étant d'abord un spécimen interchangeable d'un "groupe", groupe nommé parfois, au temps des Harkis, au singulier (on parle de l''Arabe', le 'Harki', etc.).

Or la réalité est qu'il n'y a que des individus, ce qui n'est pas un scoop, puisque cette réalité, admise, est au fondement de tout universalisme, notamment républicain...

mardi 21 septembre 2010

Harkis – le tort d'être 'Arabes' ou 'Indigènes' ?

La blessure : La tragédie des harkis
Un film de Isabelle Clarke et Daniel Costelle, hier Lundi 20 septembre sur France3 à 20.35

Sur le site de France3 :

"C’est l’histoire encore brûlante des 200 000 harkis - 'les supplétifs musulmans' - recrutés par l’armée française durant la guerre d’Algérie (1954-1962).

"Pour quelles raisons ont-ils rejoint l’armée française ? Pourquoi plusieurs dizaines de milliers de harkis ont-ils été massacrés après l’indépendance de l’Algérie ? Pourquoi le gouvernement français les a-t-il désarmés et abandonnés ? Pourquoi seulement 50 000 à 60 000 ex-harkis ont-ils été rapatriés en France avec leur famille ? Pourquoi ont-ils été placés pour la plupart dans des camps de triste mémoire comme Rivesaltes, rendant leur intégration difficile ? [...]"


Autant de questions...



Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Harki - extraits :

"Après le 19 mars 1962, les harkis sont désarmés par l’armée française (repliée dans ses garnisons) qui laisse le territoire au FLN.
Les exécutions de harkis commencent dès avril 1962 (à Geryville, à Bou Alam, liquidation du commando George...) et se perpétuent. Les autorités françaises ont été au courant des faits comme le prouvent les rapports faits par des Français en Algérie. L'armée française reçut l'ordre de rester passive. Ces massacres sont dus à des règlements de compte, des vengeances mais aussi au zèle des 'marsiens', ralliés FLN de la 25e heure (au mois de mars 1962), voulant montrer leur patriotisme.
Après le 5 juilet 1962, les massacres de harkis ont connu une forte augmentation entre juillet et octobre de la même année. Au total, le nombre de harkis tués après le cessez-le-feu, victime de représailles, fut estimé selon les sources entre 10 000 et 150 000 9. Actuellement, les historiens s’accordent à évaluer de 60 000 à 70 000 le nombre de morts."


À lire aussi : http://www.histoire.ac-versailles.fr/IMG/pdf/La_question_des_Harkis.pdf
Extraits :

"La question des harkis pose à l'histoire enseignée une série d’interrogations qui tournent autour de la contradiction entre les valeurs de la République et la réalité coloniale et post coloniale. L'histoire singulière des harkis (leur place dans l'histoire de France, dans la colonie comme dans l'immigration) ne peut se réduire à une ou deux idées simples. Elle oblige d'une part à aborder dans toute sa complexité la guerre d'indépendance algérienne ; mais aussi à envisager la question de l'immigration des harkis et de l'accueil réservé par la France après guerre. Enfin, elle pose la question de l'identité française, entre indigénat et nationalité française, entre racisme et solidarité.

"Le mot 'harki' vient de l’arabe et signifie mouvement. Les Harkis sont apparus sous cette appellation en 1955. Le terme était déjà utilisé en Algérie au XIXème siècle [...]

"L’exil contraint des Harkis ne peut se comprendre sans référence à l’histoire coloniale. Français, musulmans, rapatriés, trois qualificatifs qui désignent la population harkie, mais le terme harki est resté bien au-delà de la guerre. Il est révélateur d’une extériorité toujours prêtée à ces Français rapatriés. La terminologie pour les désigner a connu une évolution : ils sont en 1962 Français Musulmans rapatriés (FMR), puis deviennent en 1970 Français rapatriés de confession islamique (FRCI) et enfin Rapatriés d’origine nord africaine (RONA). L’appartenance réitérée à la patrie française semble montrer que, pour les autorités françaises, cela n’allait pas de soi. Ils ne sont ni rapatriés comme les autres, ni français comme les autres.

"Les Harkis sont logés dans des camps de transit et pour le relogement ils sont renvoyés à la SONACOTRA qui pourtant s’occupe des travailleurs migrants étrangers. Pour les HLM, ils ne sont pas prioritaires, une directive (circulaire Missoffe de 1964) précise d’ailleurs qu’ils ne peuvent y accéder qu’après les autres rapatriés.
La population harkie a été mise à distance, et cette attitude raciste et coloniale est dénoncée dès 1962 par Pierre Vidal-Naquet dans un article du Monde intitulé 'La guerre révolutionnaire et la tragédie des harkis'.

"Les pouvoirs publics considèrent les Harkis comme un groupe inadaptable qui serait une charge pour la société française, un problème supplémentaire pour le secrétaire d'État chargé des rapatriés. Louis Joxe, ministre d'État chargé des affaires algériennes, prend alors des mesures pour dissuader les rapatriements. Le 12 mai 1962, il envoie un télégramme dans lequel il annonce un renvoi de tous les 'supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général de rapatriement'. Le 19, il demande aux préfets de s’opposer à toute installation de harkis qui n’aurait pas été planifiée. Malgré ces limites, 10 000 personnes seront rapatriées (harkis et leur famille).

"L’installation en France est difficile. Certains préfets refusent d’accueillir des harkis dans leur département. Les Harkis sont victimes de nombreux préjugés, ils sont suspects. Le travailleur catalan titre d’ailleurs le 13 octobre 1962 : 'Rivesaltes aura-t-il une municipalité harkie ?' et plus tard 'Que compte faire le conseil municipal pour nous débarrasser des Harkis ?'. Les pouvoirs publics interdisent certains départements (Seine et Oise, Seine, Bouches du Rhône) car il y a déjà de nombreux pieds-noirs.

"La littérature des enfants de harkis est devenue visible dans les années 2001-2003. C’est une littérature en quête d’histoire. Les fil(les) racontent le silence de leur père mais se racontent également dans leurs écrits. Ce sont souvent des textes écrits par des filles pour leur père. Le suicide est fréquent car l’histoire familiale devient une charge trop lourde à porter."...

(Textes en entier ici : http://www.histoire.ac-versailles.fr/IMG/pdf/La_question_des_Harkis.pdf
— auteurs : Anick Mellina, Benoit Falaize, Laure Pitti, François-Xavier Hautreux, Abderahmen Moumen, Jean-Jacques Jordi, Jaco Biderman, Valentin Lagard, Zineb Ali Benali, Cyrille François, Gilles Manceron.)


King Crimson - Heavy ConstruKction

dimanche 19 septembre 2010

Des Roms aux Caraques

Extraits de http://tziganes2.blogspot.com/ - Roms, le génocide (blog à visiter) :

"La légende dit que 'rom' proviendrait peut-être de Rama, le héros de l'épopée indienne, d'où le nom par lequel ils se désignent, Romani Chav, fils de Rama, préféré à "Romani cel", groupe - peuple - d'hommes.

"Les Roms sont à l'origine deux tribus qui partent du nord de l'Inde : les Kshatryas (d'où vient peut-être le mot 'Tsiganes') venus du Sind (Sintis) au 9e siècle ou plus tôt ; et les Rajputs, venus du Penjab et du Rajasthan, au 13e. Peut-être des 'intouchables' voués à des taches taboues : équarrisseurs, éboueurs, fossoyeurs ou... saltimbanques voire, selon la tradition orale, des musiciens doués envoyés en ambassade à la cour de Perse (les comédiens auxquels on vouait un véritable culte étaient néanmoins frappés d'anathème pour 'activité contraire aux bonnes mœurs' et étaient parfois des intouchables). Une hypothèse opposée ferait d'eux des victimes des guerres d'expansion de l'islam du 8e au 10e siècle. La sévérité des traitements infligés par les musulmans aux Indiens dont les Roms va marquer d'une manière indélébile leur inconscient collectif."



"Certains arrivent d'abord en Grèce où ils se réunissent sous le mont Gyps, d'où l'ethnonyme qui leur sera attribué, 'Gitans' ou 'Gypsi', qu'on croit aussi relié à leur séjour en Egypte.

"'Tsigane' vient sans doute du sanskrit : 'celui qui ne touche pas' et par extension, 'celui qu'on ne touche pas', l'intouchable, le 'dalit'. Il devint ensuite synonyme d'esclave - cigène, cigani en hongrois.

"'Rom' - devenu 'Romanichel' - et 'Manouche', veut dire 'homme' en hindi et en sanskrit (http://ricetrac2.blogspot.com/) - 'rom' ne provenant pas de 'Roumanie' comme on le croit souvent -, même si c'est le pays où ils restèrent le plus longtemps... puisque ceux qui y 'passèrent' (!) furent arrêtés et réduits en esclavage pendant 6 siècles.

"En 1818, le code pénal de Valachie inclut les articles suivants: 'les Tsiganes naissent esclaves, tout enfant né d’une mère esclave est esclave, tout propriétaire a le droit de vendre ou de donner ses esclaves, tout Tsigane sans propriétaire est la propriété du Prince.'

"Un peuple, qui jusqu'en 1864, est réduit en esclavage tout à fait légalement en Roumanie, une exception historique" !



"Une partie des Roms alla vers le sud, l'Espagne, le Midi de la France, une en Amérique - nord et sud -... et une autre vers l'Est, l'Allemagne, la Russie, et le Nord : on appelle en principe 'Tsiganes' ceux de l'Est et 'Gitans' ceux du Sud... les Tsiganes, en raison de mélanges ethniques, étant parfois blonds et portant des noms germaniques et les Gitans, plus foncés, parlant souvent le calo, dialecte sanscrit-hispanique. Le terme 'Caraque' qui désigne ces derniers au départ n'est pas péjoratif.

"Le terme désignait les Roms orientaux - foncés de peau - par opposition aux Tsiganes du nord parfois blonds (cf. Gorki, 'ma vie d'enfant') et pouvait provenir du grec korakia, corneille - noires - ou du turc kara - noir -... ou encore désigner les vaisseaux à multiples voiles du 16ème siècle, les caraques. Il est devenu péjoratif par la suite.

En Roumanie, "dès 1938, un Commissariat Général aux Minorités est créé, chargé particulièrement de la 'question tsigane'. Les universités, et en particulier celle de Cluj, se tournent vers l'étude de l'anthropologie eugéniste. L'idéologie du 'sang pur' de la 'race roumaine' menacée par 'l'impureté tsigane' se développe.

"La Roumanie devient un Etat 'National-Légionnaire' et s'allie avec l'Allemagne nazie. En 1940, le ministère de l'Intérieur interdit aux Roms 'nomades' de 'rôder pendant l'hiver'.

"En 1941, Hitler offre la Transnistrie à la Roumanie, en compensation de la Transylvanie. C'est cette même année que la stérilisation des femmes roms est instituée.

"A partir du 12 septembre 1942, commence la déportation des Roms sédentaires. Ils sont déportés en train, y compris les enfants non accompagnés.

"On estime que 25 à 50 % de tous les Roms européens ont été exterminés"...

La violence contre les Roms n'a pas cessé après cela, jusqu'aujourd'hui...



Jimi Hendrix (40e anniversaire de sa mort), Band of Gypsies

samedi 18 septembre 2010

Côte d'Ivoire - Pourquoi Gbagbo a de fortes chances d'être réélu

5 raisons :

- 2000. Élections présidentielles. Après avoir arraché sa victoire dans les urnes en passe d'être confisquée, il s'en tient au fait et à la constitution, malgré la pression pour refaire dans la foulée d'autres élections, ce qui aurait reconduit l'instabilité institutionnelle.

- 2002. Coup d'État raté contre le gouvernement d'union nationale qu'il a mis en place. Les rebelles repoussés, les institutions sont sauvées une seconde fois.

- 2003. Après "l'interposition" française, qui ne sert de fait qu'à légitimer la rébellion et la coupure du pays en deux, la tentative de coup d'État constitutionnel de Marcoussis/Kléber échoue face à sa fermeté de Président appuyé par la rue. La Constitution et les instituions démocratiques sont à nouveau sauvées. Son prestige s'étend en Afrique.



- 2004. Échec de la tentative de renversement militaire lors des événements de Bouaké-Abdijan, au cours de laquelle sa stature symbolique internationalisée de pivot de la résistance face à la force militaire de l'armée française s'affermit en Afrique.

- 2007. Accord de Ouagadougou. Face à une rébellion défaite, mais dont l'occupation du nord est irréductible, il opte pour un accord visant à la réunification pacifique du pays, sans déroger au respect de la constitution.

Voilà quelques éléments qui ont conduit à la possibilité de mettre en place des élections, le tout dans le respect du cadre constitutionnel voté par référendum, et dans le respect de l'acquis historique, facteur d'une stabilité qui est la base indispensable pour le décollage d'un pays, voire d'un continent, en l'occurrence de la Côte d'Ivoire et de l'Afrique. Autant d'éléments que les Ivoiriens n'ignorent pas et qui laissent à penser que Gbagbo a donc de fortes chances d'être réélu lors des élections de 2010, voire dès le premier tour, le 31 octobre...

Interview de Charles Blé Goudé, leader des jeunes patriotes du Cojep, en campagne pour Gbagbo. RTI, 16.09.10 :




King Crimson - Power To Believe ... Power Circle...

vendredi 17 septembre 2010

Paris-Bruxelles - circulaire sur les Roms, ça fume encore...

Et c'est pas du belge !




Gauloises vs Gitanes...




ProjeKct Two: Space Groove II


Et tant qu'à faire...

jeudi 16 septembre 2010

L’État...

Sur le blog d'afrosapiens :
"L’État, prétextant que c’est lui ou le chaos, l’anarchie ou la guerre civile, pose donc comme fin ultime son maintien & sa pérennité" (Guillaume Vergne – extrait de The Wire ou le désastre des chiffres.)

D'un autre côté, l'État...



... a fait aussi l'objet d'une réflexion de "Francis Fukuyama [rendu célèbre] grâce à un article qui deviendra un livre, intitulé : La Fin de l'histoire ou le dernier homme (1992). Il y annonçait et célébrait la démocratie de marché comme unique horizon d'attente pour le monde. [...] Adoptant une perspective 'hégélienne' liée au modèle de l'économie standard, il [exposait] la supériorité, théorique et pratique, du modèle libéral." (Extrait d'un article de Guy Dreux)

Puis, tout en maintenant globalement sa position, il introduit une nuance remarquable en faveur de l'État [cf. son Building State, 2004, trad. fr. éd. "La table ronde"], considérant que "l'instabilité du monde est due à l'existence d''États défaillants'. La nécessité de se protéger [ayant justifié] les orientations de la politique américaine, notamment l'idée de 'guerre préventive' [, il] paraît alors indispensable de concevoir dans quelle mesure il est possible de construire des États plus stables. Fukuyama [...] expose alors une série d'analyses pour préciser ce qui fait la force et la stabilité d'un État." (Ibid.)

Force et la stabilité de l'État sans lesquelles on assiste à une paralysie devant la nécessité d'assurer une cohérence sociale, voire à une incapacité d'assurer le droit acquis ! Quand en contrepartie l'État en déficit ici devient, en compensation, envahissant là, et piétine le même droit acquis !...

Nous voilà entre d'un côté un État existant, en pleine forme, tendant à l'hypertrophie et finissant par se donner "comme fin ultime son maintien & sa pérennité", et de l'autre "le chaos, l’anarchie ou la guerre civile" servant de prétexte à un État en désir boulimique... Chaos et guerre civile éventuellement réels quand l'État fait défaut !

Ainsi la déstructuration de l'État en Côte d'Ivoire, voire sa disparition au nord, a plongé le pays dans une situation vouée à perdurer jusqu'à restructuration de l'État...

Cas extrême d'un déficit d'État qui atteint toute la sous-région. Cf. l'illustration remarquable qu'est le périple d'un voyage routier Abidjan-Lomé, décrit par Yoro sur son blog.



mercredi 15 septembre 2010

"La tribu prophétique aux prunelles ardentes"...

Au nom d’un concept de nationalité ?

"'Une honte !' s'est exclamée ce mardi la commissaire européenne à la Justice à propos de la circulaire du gouvernement français ciblant les Roms pour les expulsions. Viviane Reding va demander l'ouverture d'une procédure d'infraction contre Paris pour violation du droit européen. Les 27 commissaires devront s'entendre sur une 'mise en demeure' qui pourrait déboucher sur des sanctions."


"La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s'est mise en route, emportant ses petits"
... (Baudelaire)

Citation d’un article considérant le concept d’ivoirité (il suffit de changer quelques mots pour y retrouver le débat sur l’identité nationale française) :
"J'avoue que je ne m'explique pas le procès fait au président Henri Konan Bédié NS. Ou, si je comprends bien, son tort, c'est d'avoir pris à son compte un lieu commun, la commune volonté des Ivoiriens Français de souche et d'adoption de vivre ensemble, autour d'un acquis commun : l'identité culturelle ivoirienne française. N'est-ce pas ? Accordons-lui donc des circonstances atténuantes, car il a agi en homme d'État à l'écoute de son peuple."

Un autre article, plus récent, note :
"Bien que l'ivoirité comme l'American way of life ne faisait, selon ses initiateurs, qu'exalter les valeurs ivoiriennes de paix d'accueil et de solidarité, la presse nationale et occidentale en avait fait une arme de déstabilisation.
Malheureusement, les cris les plus bruyants venaient de France. D'où le sentiment anti-français (heureusement très atténuée aujourd'hui) développé par une partie de la population ivoirienne."

Et voilà que les mêmes médias feront parvenir certains échos de chez les "crieurs les plus bruyants"... "Quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup..."

Différence : le concept citoyen d'"ivoirité", qui remonte d’ailleurs bien avant Bédié, visait d’abord à "exalter les valeurs ivoiriennes de paix d'accueil et de solidarité" – conformément à l’hymne national, parlant d’entrée de pays de l’hospitalité (25 % d’immigration au bas mot en Côte d'Ivoire. France : 5,6 %).

Il n’est pas sûr que le concept de francité, d’identité nationale française, ait au départ la même signification en matière d’hospitalité...

Quant aux dérives théoriques, largement dénoncées en France dans le cas ivoirien où elles restaient imprécises, elles vont dès à présent plus loin dans le cas français où il est déjà question, selon la commissaire européenne à la Justice, de "caractère discriminatoire des actions de la France puisque qu'elles ciblent explicitement les Roms"...


ConstruKction Of Light King Crimson-Heavy ConsruKction: ConstruKction Of Light

lundi 13 septembre 2010

Le syndrome de Couic

"Le ministère israélien de l’Éducation vient d’approuver [au minimum de facto et par défaut, si l'info est confirmée] l’existence d’une école 'réservée aux Blancs' dans les colonies, après qu’une écolière juive éthiopienne a été exclue de son école.
Cette jeune Éthiopienne de religion juive avait été exclue de son école établie dans la colonie d’Immanuel dans les territoires palestiniens occupés, il y a plusieurs mois, en raison de la couleur de sa peau.
Ses parents ayant protesté, ils ont eu dans un premier temps gain de cause, l’école en question étant publique et financée par l’État.
Mais les parents blancs des 74 enfants fréquentant cette école ont finalement obtenu du ministère de l’Éducation que les classes de cette école soient réservées aux Blancs, à partir du moment où l’école devient privée, et elle est désormais privatisée. Les colons blancs qui refusaient 'la mixité raciale' pour leurs enfants sont satisfaits."
(...) Source ici.



Où, si l'info est confirmée, apparaissent les limites du système libéral, les choses se posant selon toute vraisemblance dans le cadre d'une problématique similaire, "à partir du moment où l’école devient privée", à celle qui s’est élevée en France avec Couic hallal (mutatis mutandis : le cas de l’école israélienne en question présentant cette gravité particulière qu’il confronte à un cas de racisme flagrant).

En commun : dans une logique libérale, l’État peut se trouver confronté à la contradiction interne qui oppose le droit libéral (les Droits de l’Homme) et l’économie libérale. Couic comme l’école israélienne font valoir cette logique-là : commerce pour l'un, auto-financement pour l'autre – car on imagine que cette corde-là, sur laquelle joue ladite école, lui sert aussi par quelque artifice à s’abstraire de l’accusation de racisme que pourrait porter l'État et qui lui permettrait d’agir ; mutatis mutandis, c’est comme Couic face à la laïcité à laquelle sa logique commerciale ne le contraint nullement.

Dans les deux cas, on doit sérieusement se poser la question de la mise en usage d’un réel jacobinisme, du même ordre que celui qui a imposé la séparation des Église et de l’État dans la France de 1905. À savoir : l’intérêt commun, le Droit partagé, prime sur les... lubies ou intérêts particuliers.

Mais cela suppose aussi la mise en place d'une réelle logique... de gauche (au sens classique), qui semble n’être à la mode en aucun lieu de la planète, la logique économique de marché (et elle seule) primant de nos jours sur l’autorité de l’État... Au point que s’ouvre la porte de l’extension de cette logique à d’autres domaines. C’est apparemment ce qu’exploite ce groupe sectaire de juifs d’Israël, "ultra-orthodoxes" au point d’être plus orthodoxes que Moïse - si tant est que l’orthodoxie, même "ultra", soit censée avoir un rapport avec le racisme ! -, puisque la secte en question exclurait même les enfants de Moïse, marié à une Cushite, selon la Torah (Nombres ch.12 v.1), c’est-à-dire noire !


King Crimson-ProjeKct Three: Masque 2 & 3


Et, dans un autre ordre d'idée, une bonne question, à suivre...

dimanche 12 septembre 2010

Cri

Yasmina Khadra, Cousine K, (éd. Pocket, p. 19-20) :

"Mon père est mort la veille du Grand-Jour. J'avais cinq ans. C'est moi qui l'ai découvert accroché à une esse dans l'étable, nu de la tête aux pieds, les yeux crevés, son sexe dans la bouche. La vache venait de mettre bas. Tous les matins, à l'aube, je bondissais hors de mon lit pour aller voir le petit veau surmonter ses vertiges. C'était une magnifique bête, brune comme un labour. Ce matin-là, elle a refusé de m'approcher ; elle se tenait derrière les bottes de foin et grelottait, visiblement terrifiée par le cadavre suspendu au crochet. Je ne me rappelle pas combien de temps j'étais resté cloué sur place. Quelqu'un m'avait rejoint, mis ses mains sur les yeux et éloigné du cauchemar.
Jamais je ne suis retourné dans l'étable m'émerveiller aux frémissements du veau. Je n'avais plus de raison d'y aller. l'étais devenu méfiant. Plus question, pour moi, de m'attacher à ce que je ne pouvais préserver.
Plus tard, les villageois se sont aperçus qu'ils s'étaient trompés sur le compte de mon père. [...]"


Barbarie de cet ordre, avec sa violence à caractère sexuel contre les hommes, elle semble plus répandue encore contre les femmes.

Ça existe de nos jours, depuis l’ex-Yougoslavie il y a quelques années, jusqu’au Congo aujourd’hui.



Et ça remonte assez haut. Ça se retrouve bien avant notre époque, ça se perd dans la nuit des temps. Pour en rester à l’époque moderne... celle où on a inventé la poudre :

"Lors de la bataille du Mans, les républicains vainqueurs alignèrent les Vendéennes prisonnières mises à nu contre un mur. Là, il leur fut introduit dans le vagin, pour mise à feu consécutive, des cartouches de poudre. Un tel acte, perpétré dès avant Le Mans, était affublé de l’appellation 'mettre les brigandes en batterie'..." (...)

Trois siècles avant, lors des guerres de religion en France, qui culminent avec le massacre de la saint-Barthélemy, même façon de torturer des femmes, voire dans les deux camps, lorsque les persécutés se vengent : on voit des soldats exercer leur violence contre les femmes, comme telle dont ils emplissent le vagin "de poudre à canon et y mettent le feu, 'ce qui luy feit crever le ventre et épandre les entrailles dehors.'" (...)


King Crimson: The Deception Of The Thrush (including ProjeKct 12th and X)

samedi 11 septembre 2010

Une autre perspective

11 septembre (9 ans après) / Aïd el-Fitr (2010)

Une autre perspective : Ramadan - Les Musulmans de Côte d'Ivoire ont célébré la fête de l'Aid el-Fitr - Le pardon et la réconciliation au centre de la célébration.

Réentendre Tierno Bokar (Extraits de Vie et enseignement de Tierno Bokar, par Amadou Hampaté Bâ, éd. du Seuil.)...

"- La bonne action la plus profitable est celle qui consiste à prier pour ses ennemis.
- Comment ! m'étonnai-je. Généralement, les gens ont tendance à maudire leurs ennemis plutôt qu'à les bénir. Est-ce que cela ne nous ferait pas paraître un peu stupide que de prier pour nos ennemis ?
- Peut-être, répondit Tierno, mais seulement aux yeux de ceux qui n'ont pas compris. Les hommes ont, certes, le droit de maudire leurs ennemis, mais ils se font beaucoup plus de tort à eux-mêmes en les maudissant qu'en les bénissant.
- Je ne comprends pas, repris-je. Si un homme maudit son ennemi et si sa malédiction porte, elle peut détruire son ennemi. Cela ne devrait-il pas plutôt le mettre à l'aise ?
- En apparence, peut-être, répondit Tierno, mais ce n'est alors qu'une satisfaction de l'âme égoïste, donc une satisfaction d'un niveau inférieur, matériel.
Du point de vue caché, c'est le fait de bénir son ennemi qui est le plus profitable. Même si l'on passe pour un imbécile aux yeux des ignorants, on montre par là, en réalité, sa maturité spirituelle et le degré de sa sagesse."



"Donnez moi ce fils d’autrui."

"Une rafale plus violente ébranla la charpente (de la pièce où Tierno Bokar était en train d'enseigner).
Sous le choc, un nid d’hirondelle, qui était situé en équilibre du haut du mur, sous l’avancée du toit, s’entrouvrit. Un poussin tombe en piaillant.
Nous lui jetâmes un regard indifférent, l’attention de l’auditoire n’avait pas faibli un instant.
Tierno termina sa phrase puis se tut.
Il se dressa, promena un regard attristé sur ses élèves et tendit les doigts, qu’il avait longs et fins, vers le petit oiseau.
- 'Donnez moi ce fils d’autrui.'
Il le prit dans ses mains réunies en forme de coupe. Son regard s’éclaira.
-Louange à Dieu dont la grâce prévenante embrasse tous les êtres! Dit il.
Puis déposant l’oisillon, il se leva, prit une chaise et la posa au dessous du nid.
Il sortit et revint peu après.
Entre ses doigts, nous vîmes une grosse aiguille et un fil de coton.
Il monta sur la caisse, déposa le petit d’hirondelle au fond du nid qui s’était déchiré et répara celui ci avec le même soin qu’il mettait autrefois à broder les boubous.
Puis il redescendit et reprit sa place sur la natte."



Oiseaux nomades et migrateurs

"Notre planète n’est ni la plus grande ni la plus petite de toutes celles que Notre Seigneur a créées… Nous ne devons nous croire ni supérieurs, ni inférieurs à tous les autres êtres.
"Les meilleures des créatures seront parmi celles qui s’élèvent dans l’amour, la charité et l’estime du prochain. Celles-là seront lumineuses comme un soleil montant tout droit dans le ciel.
"L’humilité nécessaire conduit au sentiment de la fraternité humaine et à cette haute certitude que les chemins divers peuvent conduire à une unique Vérité. Grande et difficile leçon que refusent tous les fanatismes mais qu’inlassablement répétera Tierno Bokar
(sage musulman du Mali)."


King Crimson / "Dangerous curves"

vendredi 10 septembre 2010

Le sens des proportions (bis)

On se souvient du mythe de l'an dernier, la fin du monde en 2009, suite au développement d'un trou noir provoqué par l'accélérateur de particules du CERN.

Au-delà de l'opportunité d'un tel discours, le mythe et son illustration vidéo...



... présentent un intérêt qui vaut d'être relevé : notre planète est un fétu de paille sur laquelle des hôtes humains et provisoires s'agitent pour rendre le temps bref qui leur est imparti le plus infernal possible...

Et cela au nom de - ou au prétexte de - quelque mythe genre (dans le désordre historique:) "hiérarchie des 'races'" ; ou à l'inverse, dans une visée d'espérance fraternelle, "lendemains qui chantent" dans la "société sans classe"... ou leur refus ; ou telle autre croyance avec ou sans dieu... ou son refus ; telle idée de nation ou telle autre, tel livre vénéré ou brûlé...

Et plus sérieusement que ces prétextes ou d'autres, se pourrir collectivement la vie par quelque instinct ravageur, inévitable péché originel se déployant à l'occasion de nos variabilités hormonales...

Bon, mais pour ce que j'en dis...

jeudi 9 septembre 2010

Couic, re-couic, et sens de la mesure...

Hallal là hier, feuilles de papier imprimé aujourd'hui ailleurs,

Et branlement - pour ne pas dire branle-bas - de combat, cor et tocsin...

L'heure est grave. Aujourd'hui, un original annonce (avant de renoncer - 10.09.10) qu'il va brûler un (ou quelques) exemplaire(s) d'un livre.



Toujours regrettable de brûler des livres - Farenheit 451 n'en laisse aucun doute.

D'où, sans doute non plus, la mobilisation massive - outre politiques, religieux, etc. - des journaux, blogs et rues. Le monde est en péril. La menace plane, un sombre nuage s'étend des plaines d'Afghanistan aux capitales européennes, tel le nuage de Tchernobyl... En pire : là, il n'y avait rien... On se souvient du mot d'ordre en France : "circulez, pas de quoi s'alarmer"...

Mais aujourd'hui, l'événement est in-ratable, pire que toutes les catastrophes, les attentats, les violences contre les personnes au nom de telle lecture de tel autre exemplaire d'un livre brûlé dont la fumée irrite déjà les cordes vocales courroucées de la planète entière, excepté celles de l'original grattant son allumette...

Euh, simple question : a-t-on encore le sens des proportions ?

Juste pour mémoire, parlant d'un certain nuage (sans fumée celui-là) :


(Musique : King Crimson - "Requiem" / album Beat - 1982)

Voilà qui donne une indication du sacré en marche : dis-moi ce qui te scandalise (un livre, son brûlement, tel moment de mémoire, ...) et je te dirai ce que tu sacralises.

mercredi 8 septembre 2010

Hallali...

... Hallali peut-être, mais pour qui, au fond ?

Hallal là, ici ou ailleurs, basculement démographique européen ou nord-américain, qui débouche sur quel hallali ?

Pour qui ces échos de son de cor, le soir au fond de quoi ? En d'autres termes, quid des incidences et des effets de retour de la culture "Couic" ?

Quel retour d'effet sur le monde musulman ? Sur sa (ses) tradition(s) ?

Ressort-il indemne d'un tel retour d'influence ? - qui force déjà la réouverture des portes de l'ijtihad - de l'interprétation... Au point que la notion de scellement de la prophétie, de "clôture de la révélation", voit sa signification radicalement bouleversée à l'aune des philosophies contemporaines et des théologies de la sécularisation... Ce dont prend acte Abdennour Bidar :



À la remarque de Cioran sur l'avenir de mosquée qu'en 1987 il prévoit pour Notre-Dame - la question de savoir : pour en faire quoi de cette mosquée parisienne, quand l'islam lui aussi se conjugue au passé, ses références civilisationnelles oscillant entre la Bagdad des "Milles et une nuits" et "Al Andalus" ? - un bouleversement total est annoncé non seulement chez Abdennour Bidar, mais chez des penseurs bien moins modernistes !

Alors, hallali pour qui ? La panique que peut susciter l'histoire en marche donne en soi un élément de réponse. Quoiqu'il en soit, les choses sont moins simples qu'il ne semble...



Le culture "Couic" est en soit un bouleversement radical annonciateur de lendemains qui dé(-sen-)chantent, quand le présent lui-même est déjà désenchantement, comme relecture d'un passé qui ne chantait pas tant que ça, de la norme esclavagiste qui l'habitait à l'oppression des femmes recluses et sans droit. L'avenir de ce passé est déjà clos, comme la clôture de la révélation selon Bidar ouvre sur la responsabilité, et comme le basculement démographique de l'Europe est déjà avéré.

À ce point, les pays-carrefour de l'Afrique sud-saharienne, où ces deux pans, christianisme et islam, des traditions issues du judaïsme se rencontrent et s'équilibrent - quand l'intégrisme venu d'ailleurs n'y sème pas son poison -, sont déjà précurseurs.


King Crimson, Epitaph (In the Court of the Crimson King - 1969)

mardi 7 septembre 2010

Hallal là...

... Et Ramadan ici ?

Ouh la la ! C'est l'hallali ?

"Je sais sonner du cor clairement et bravement, et crier à faire retentir la forêt de mes airs d'hallali." (Walter Scott, Ivanhoé, Traduction de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820.)

"J'aime le son du Cor, le soir, au fond des bois,
Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois,
Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille,
Et que le vent du nord porte de feuille en feuille.

[...]

Sur le plus haut des monts s'arrêtent les chevaux ;
L'écume les blanchit ; sous leurs pieds, Roncevaux
Des feux mourants du jour à peine se colore.
A l'horizon lointain fuit l'étendard du More.

"Turpin, n'as-tu rien vu dans le fond du torrent ?
"J'y vois deux chevaliers : l'un mort, l'autre expirant
"Tous deux sont écrasés sous une roche noire ;
"Le plus fort, dans sa main, élève un Cor d'ivoire,
"Son âme en s'exhalant nous appela deux fois."

Dieu ! que le son du Cor est triste au fond des bois !"

Alfred de Vigny (1797-1863). (Poème en entier ici)



On a reconnu le poème de Vigny et le chant de la mort de Roland mythifiée comme résistance "au More"...

Mais ce n'était pas là l'hallali... qui viendrait donc plus tard ? - au signe des "fast food" et des supermarchés, se rendant à l'argument économique du nombre et du profit du nouveau marché hallal. Marx, pour ce qu'on lui prête le propos, me semble-t-il, aurait donc eu raison : "le dernier capitaliste vendra même la corde avec laquelle on le pendra."

Où le poète de l'hallali sombre dans les alarmes statistiques qui fleurissent sur l'Internet :



Avec toutes les nuances concernant les deuxième et troisième génération d'immigrés, dont le taux de fécondité rejoint incontestablement celui du reste la population, à l'image de la Tunisie au taux de fécondité parfaitement "européen", un glissement démograqhique est indubitable.

Où Kadhafi, cité dans la vidéo ci-dessus, rejoint Cioran, annonçant la prochaine transformation de Notre-Dame en mosquée...

... Préfigurée dans la nouvelle gargouille de Lyon ?



Où le calcul de De Gaulle, préférant l'indépendance des ex-colonies plutôt que voir Colombey-les-deux-Eglises devenir Colombey-les-deux-Mosquées, n'aurait fait que décaler l'échéance.

Et où, dès lors, le "fusionnisme" d'Alexandre Gerbi s'avèrerait nettement préférable, pour l'hexagone, à ce qui aurait été finalement la politique de l'autruche...

Pendant ce temps, hier au soir, 6 septembre 2010, retransmise en direct à la RTI (Radio-télévision ivoirienne), à une heure de grande écoute, pour la célébration musulmane de "la Nuit du destin", une prédication interminable de Tariq Ramadan, grand invité.

(Moment qui ne fut pas inintéressant. J'ai toutefois particulièrement regretté - à l'heure où ailleurs, en Iran, qui lui ouvre une tribune régulière à l'antenne, on parle de lapider Sakineh Mohammadi-Ashtiani - qu'il n'ait pas prononcé un mot contre la lapidation des femmes adultères. Il prêchait dans un pays dont le Président, Gbagbo, a, sitôt élu, aboli la peine de mort...)

Et quand on pense que la France a accompagné son "interposition" entre rebelles et pouvoir élu en côte d'Ivoire de grands moulinets contre une prétendue "islamophobie" ivoirienne ! Imaginerait-on en France la télévision d'État laissant ainsi son antenne en direct à un prédicateur islamiste musulman !?



La Côte d'Ivoire, pays laïque, vit sans drame la réalité d'une proportion de groupes religieux similaire à celle qui, selon la vidéo démographique ci-dessus, s'annonce en Europe.

Face aux marchands du temple, "fast food" et supermarchés prenant leur part de profit à la corde pour les pendre, il faudrait alors peut-être réaliser qu'une véritable laïcité à la jacobine, de gauche donc - plutôt que les bradeurs libéraux de droite des acquis sociaux, du patrimoine des services sociaux, du sanctuaire de la nationalité et j'en passe -, pourrait être à même d'imposer une règle commune laïque, comme elle a su le faire en 1905 face au cléricalisme romain...


King Crimson, Epitaph (In the Court of the Crimson King - 1969)


Reste à définir laquelle...

lundi 6 septembre 2010

Cioran et le Talmud ?

La citation de Cioran...

"On doit se ranger du côté des opprimés en toute circonstance même quand ils ont tort, sans pour autant perdre de vue qu’ils sont pétris de la même boue que leurs oppresseurs." (Cioran, dans De l'inconvénient d'être né)...

... que j'ai donnée dans un post précédent a intrigué plusieurs lecteurs de ce blog !

... Jusqu'à faire craindre de la part de Cioran d'éventuelles prises de parti abusives, voire des décrets sur le bien et le mal - ce face à quoi j'ai tenté une explication en ces termes : "il ne s'agit pas pour Cioran de 'bien' ou de 'mal', pas même pour catégoriser un choix par défaut dans un engagement. Cioran n'est pas Sartre ! Et il ne s'agit a fortiori pas d'imaginer un 'soutien' des opprimés lorsqu'ils seraient devenus oppresseurs à leur tour. On est plus vraisemblablement face au constat de l'impossibilité de ne pas s'agiter - pour ne rien dire d'un rêve d'ataraxie : 'Le nirvâna, oui, mais pas sans café', a aussi dit Cioran (Aveux et anathèmes). Alors tant qu'à sombrer, inévitablement, dans l'action... Autant, et sans illusions, que ce ne soit pas pour en rajouter à l'oppression..."



Me revient à présent un propos talmudique, qui, en termes religieux, se rapprocherait, mutatis mutandis, de l'aphorisme de Cioran :

"Dieu prend toujours le parti du persécuté. Si un juste persécute un juste, Dieu se range du côté du persécuté. Si un méchant persécute un juste, Dieu se range du côté du persécuté. Si un méchant persécute un méchant, Dieu se range du côté du persécuté. Et même si un juste persécute un méchant, Dieu se range encore du côté du persécuté" (Middrach Rabba, Lévitique, 27).

Voilà même qui serait propre à expliquer la phrase d'un Cioran auquel le Talmud n'est pas si étranger :

"Le vrai Messie ne surgira, dit-on, qu'au milieu d'un monde 'entièrement juste' ou 'entièrement coupable'. La seconde éventualité méritant seule considération, puisqu'elle est presque en vue et qu'elle s'accorde si bien avec ce qu'on sait de l'avenir, le Messie a toutes les chances de se produire enfin et de répondre ainsi moins à une très vieille attente qu'à une très vieille appréhension." (Cioran, dans Écartèlement.)

dimanche 5 septembre 2010

Aller plus haut...

Des journalistes, explorateurs, anthropologues, ethnologues, juges, sociologues, thérapeutes... et « une luxueuse revue d'Air France », etc., parmi les défenseurs la "pittoresque coutume" de "l'exérèse génitale" (c'était dans les années 1970)...

Extraits du dernier livre de Benoîte Groult, Mon évasion, autobiographie, Grasset, 2008, éd. Poche p. 191-193 :

« Il ne faut pas confondre culture et civilisation : les mutilations [féminines génitales] résultent d'un phénomène culturel, donc variable selon le régime politique ou le poids de telle religion. [...] On trouvait bien de-ci de-là quelques reportages de journalistes ou d'"explorateurs" sur ce qu'ils qualifiaient de "pittoresque coutume". Mais la souffrance, l'asservissement physique et moral que représente cette pratique étaient toujours passés sous silence.



Je me souviens d'avoir lu à l'époque, dans une luxueuse revue d'Air France, la description d'une de ces "cérémonies d'initiation" en Haute-Volta, (qui ne s'appelait pas encore le Burkina-Faso), affirmant sérieusement que l'opération avait pour but de "parfaire la féminité des adolescentes". En somme, on accroîtrait la féminité en rasant un organe spécifiquement féminin Suivait un article où le même journaliste s'indignait du scandale des pauvres chiens abandonnés chaque été en France. Et personne ne s'interrogeait sur le scandale des enfants mutilées, car personne ne se souciait d'aborder un sujet aussi dérangeant et... indécent !

Il est inexact de dire que les journalistes et les anthropologues étaient indifférents. C'est pire: ils étaient méfiants. S'ils se défendaient de toute compassion, de toute dénonciation de cette coutume, c'est que partout les hommes ont eu peur de toucher au rapport Homme/Femme. Là-bas, sous prétexte de respecter les coutumes ; ici, parce qu'eux-mêmes n'ont pas réglé leur contentieux avec les femmes. Beaucoup de faits scandaleux sont ainsi restés ignorés, grâce à une immense conspiration du silence. On pense au viol, si longtemps nié ou dont on rejetait la responsabilité sur la victime ; à l'inceste, aux femmes battues, à la pédophilie, etc. "Le silence est la forme la plus civilisée du génocide", écrivait Régis Debray dans Le Pouvoir intellectuel en France.

Plus subtile et plus néfaste encore a été l'argumentation des ethnologues qui furent cités comme témoins dans les affaires d'excision ayant entraîné la mort d'enfants dont a eu à connaître la justice française. Leurs arguments - respect des traditions locales, droit à la différence culturelle - ont conduit les juges, au début, à acquitter les prévenus. Pourtant, cette conception qui se targuait de respecter les ethnies (au point d'avoir été admise dans un premier temps par SOS-Racisme), conduisait à des dérives inquiétantes: l'idée que les droits humains puissent varier selon le sexe, la race ou la religion est, comme l'apartheid, une forme de racisme. Ce fameux droit à la différence était, pour les femmes mutilées, un devoir de différence, le contraire d'une liberté. Si l'on considère les petites filles africaines comme égales aux nôtres, on doit les protéger également, quelle que soit leur couleur, contre toute atteinte à leur intégrité corporelle, et contre toute forme de torture (Article 3 de la Convention européenne des droits et des libertés fondamentales).

Ce prétendu respect des traditions africaines [...] n'étouffait les scrupules de personne quand il s'agissait d'imposer aux peuples d'Afrique des "valeurs" autrement moins humanistes, telles que l'économie de profit, la monoculture aux dépens des cultures vivrières, ou l'urbanisation à outrance.

Certains sociologues, ou prétendus tels, ont même été plus loin. "L'exérèse génitale", comme ils disent sans frémir, aurait son utilité: "L'enfant des pays civilisés, ignorant ce cheminement, semble avoir beaucoup de mal à franchir les diverses étapes de son existence. Loin d'aliéner l'individu, l'initiation l'aide donc à franchir les stades de son évolution sans heurts et sans refoulements." (Robert Arnaud.)

À signaler à nos thérapeutes : la clitoridectomie, facteur de santé mentale ! [...] »

vendredi 3 septembre 2010

Cioran, le bruit des cimetières et l’histoire (de l’esclavage)

"Je voudrais parfois être si seul, que les morts, agacés de la promiscuité et du bruit des cimetières, les quitteraient - et, enviant ma tranquillité, me demanderaient humblement l'hospitalité du cœur. Et quand ils descendront par des escaliers secrets vers des profondeurs d'immobilité, les déserts du silence leur arracheront un soupir qui réveillerait les pharaons dans la perfection de leur abri. Ainsi les momies viendraient, désertant l'obscurité des pyramides pour continuer leur sommeil dans des tombes plus sûres et plus immobiles." (Cioran, dans Le crépuscule des pensées.) (Cf., sur Cioran, un film ici.)

Ça, c’était pour dire la fatigue de l’histoire dans laquelle il faut pourtant bien frayer :

"Il ne faut pas enseigner la traite, l’esclavage, la colonisation parce que c’est ‘mal’ ou ‘bien’ mais parce que c’est un grand morceau de la formation du monde moderne" (Pierre Nora dans Le Monde2, n°105, 18 fév. 2006).



Petit retour sur la question de la pertinence du concept de "traite intra-africaine" - suite à un post de "Vlad²" et aux commentaires qui le prolongent. Le concept de "traite interne" à l’Afrique, largement repris depuis le livre de P.-Grenouilleau, s'apparente fort, avec l'usage sans précautions qui en est fait, à une escroquerie intellectuelle, qui tend à poser "trois traites" comme équivalentes, en vue de relativiser le plus possible la traite atlantique (la lecture du livre de P.-G. ne laisse que peu de doutes sur l'intention - sans parler de sa réception anti-Taubira, quand la loi Taubira, loi française se limitant donc à ce à quoi la France a participé, est tout à l'honneur de la France).

Or on n'a de textes sur les trafics esclavagistes qu'arabo-musulmans et, surtout, européens (dus à la minutie de la comptabilité des négriers). L'économie mondialisée qui est née de ce double trafic a eu des répercussions sur l'économie africaine, au point d'en devenir un élément essentiel. On n'a de trace de "traite interne" que depuis lors, dans ce cadre, et suite à ce cadre. Pas de trace, faute de textes, de "traite interne" antécédente et indépendante des "deux autres", incontestables comme telles celles-là, incluant les réseaux locaux qu'elles ont engendrés, fondant eux, une réelle économie à effet interne. Qu'il y ait eu un esclavage et sa micro-économie antécédents, comme dans tous les pays et continents et sous toutes les latitudes (cf. par ex.), cela ne laisse que peu de doutes ! Mais de là à parler de "traite intra-africaine", comme s'il s'agissait d'un troisième réseau équivalent aux deux autres, il y a une marge telle qu'il serait, au plan historien, prudent d'éviter un tel concept !

Précision supplémentaire suite à une réponse détaillée de "Vlad²", parlant de "sources sans doute crédibles et datant du XIXème siècle" : XIXe ! Effectivement ! Cela souligne bien ce que je veux dire : XIXe siècle ! Comment conjecturer de là une pratique telle qu'une "traite interne" indépendante d'un double trafic qui a débuté un demi-millénaire avant ?! Avec des sources si récentes, rien ne permet de dire que le fameux terreau favorable soit autre chose que le fruit du développement d'une économie mondiale, nourrie effectivement de guerres internes (les captifs de guerre étant de haute date une source essentielle d'esclaves - cf. par ex. Rome au lien que j'ai signalé), fruit elles-mêmes de cette économie, sorte de fatal cercle vicieux admis comme fatalité, "légitimant" les réseaux hiérarchisés, voire étatiques, de collaboration locale.

Quant à la loi Taubira et aux lois "mémorielles", j'entends bien les remarques, notamment sur législateurs et historiens, et sur ce point précis, j’en suis d'accord : le législateur n’a pas à se substituer aux historiens. Mais cela me semble ne pas atteindre la loi Taubira : si la tentative de loi sur "les bienfaits de la colonisation" cherchait en effet à expliquer aux historiens ce qu’ils devaient trouver et enseigner, les autres lois "mémorielles", à commencer par la loi Taubira, et à finir par la loi Gayssot, elles, ne me semblent pas indiquer ce que les historiens doivent trouver : la loi Gayssot ne fait que rappeler le jugement du tribunal de Nuremberg et l’illégitimité de le contester, la loi Taubira ne fait que rappeler que le concept de crime contre l’humanité, concept juridique depuis Nuremberg, a été forgé précisément dans les combats anti-esclavagistes du XIXe siècle, et dire qu’en parler a sa place en histoire. Rien qui interfère avec le travail historien, rien d’autre que ce qui concerne le droit partagé (ce qui est bien le rôle d’une Assemblée législative). Quant à la troisième loi mise en cause, sur le génocide arménien, son problème ne rentre pas dans le cadre de ces débats-là : son seul problème est que la France s’est prise pour la Turquie (cela dit, voir ici - note du 4.01.12) ! Ce que précisément la loi Taubira, loi française, a l’humilité de ne pas faire : les autres acteurs du fait esclavagiste sont responsables de faire de même. C’est en ce sens que je soutiens que ce texte de loi est à l’honneur de la France, assez pionnière en la matière.



"On doit se ranger du côté des opprimés en toute circonstance même quand ils ont tort, sans pour autant perdre de vue qu’ils sont pétris de la même boue que leurs oppresseurs." (Cioran, dans De l'inconvénient d'être né.)

jeudi 2 septembre 2010

"Femmes, race et classe" de Angela Davis

Angela Davis,
"Femmes, race et classe"
,
éditions des femmes.
Traduit de l'américain par Dominique Taffin.

arton2686.gif« En hommage aux femmes noires qui "ont légué à leurs filles, nées libres, un héritage de travail, d'autonomie, de ténacité et de résistance...", Angela Davis, historienne et militante, entreprend dans Femmes, race et classe une analyse critique et comparative du féminisme du siècle dernier et du féminisme contemporain en regard des luttes d'émancipation et de libération du peuple noir.

Elle explore les liens idéologiques qui existent entre le pouvoir esclavagiste, le système des classes et la suprématie masculine, et pose la nécessité d’articuler les trois niveaux de contradiction de race, de classe et de sexe dans les luttes de libération. Elle montre comment ces luttes ont porté leurs fruits à chaque fois qu’elles ont été solidaires et qu’elles ont ciblé la double oppression : celle du système et celle du sexe. A. Davis explique notamment comment les féministes blanches ont pu se rallier au mouvement pour l'abolition de l'esclavage, soutien qui rejoignait leur propre lutte contre l’oppression. »



« Angela Davis est née en 1944 en Alabama. Grande figure du mouvement Noir américain, elle adhère au Parti Communiste vers dix-huit ans et devient membre des Black Panthers en 1967. Militante révolutionnaire, se battant pour l’égalité des noirs et des blancs mais également pour l’émancipation des travailleurs, elle comprend très vite que seule l’unité des mouvements sociaux et politiques entre blancs et noirs, hommes et femmes permettra de combattre la classe dirigeante. C’est cette compréhension qu’elle paiera en étant condamnée à mort en 1972. Une mobilisation d’une ampleur internationale permit sa libération.

Aujourd’hui, elle est toujours militante des luttes sociales et politiques aux États-Unis. »