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Tant que les lions n'auront pas d'historiens, les histoires de chasse tourneront à la gloire du chasseur - Le mensonge se lève très tôt mais la vérité finit par le rattraper - Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage

mardi 5 octobre 2010

La loi Taubira garante de l’irréductibilité de la Shoah

Le sacré relève de la métaphysique, mais pas de l'histoire. Quand on use de ce que le mal ultime touche au sacré pour reléguer le négationnisme de la Shoah dans le domaine du blasphème, on joue de la confusion entre l’histoire et la métaphysique. Assimiler le négationnisme (qui relève de l'histoire) au blasphème (qui est de l'ordre de la métaphysique) est un sophisme, qui relève de la confusion de ces deux ordres.

Que dans l'horreur, on touche d’une certaine façon au sacré me paraît difficilement contestable : quand le mal est indicible, on bascule dans le métaphysique (cf. Hans Jonas, Le concept de Dieu après Auschwitz). Mais, et c'est là que se glisse le sophisme, ce basculement métaphysique n'implique en aucun cas que l’événement historique qui entraîne ce basculement n'ait pas eu lieu !

Dès lors, aussi sacré soit le "plus jamais ça" qui se fonde en cet événement, il est incohérent de s'autoriser de cela pour classer dans le blasphème l'événement historique (ce dont use Ahmadinejad pour assimiler le mal ultime à des caricatures !!!). L'horreur étant de l'ordre de la métaphysique, l'événement historique restant de l'ordre de l'histoire, le négationnisme d'un événement historique ne peut en aucun cas s’assimiler au blasphème.

Cela signifie en outre que l’investigation historique est ouverte, contrairement à ce qu’il en serait dans le cas d’une confusion des deux ordres. Avec, au cœur de l’investigation historique, cette question : comment en est-on arrivé là ? Question qui fait pendant à la sanction juridique : comment qualifier ce qui est advenu ? Le tribunal de Nuremberg a posé la qualification : « crime contre l’humanité », sur la base d’un concept remontant au combat anti-esclavagiste, et pour la France à la loi Schoelcher. C’est cela que souligne pour la France la loi Gayssot : crime contre l'humanité.



L’investigation historique remonte vers les mêmes origines, à l’époque où apparaît le concept de crime contre l'humanité. Aimé Césaire donne les étapes récentes qui ont conduit de l’esclavage et de ses dérivés coloniaux à la Shoah, par la mise en place d’attitudes devenues banales :

« Chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et [...] au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Et alors un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets.
On s’étonne, on s’indigne. On dit : “Comme c’est curieux ! Mais, Bah ! C’est le nazisme, ça passera !” Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens. »
 (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme.)

C'est ici que la loi Taubira, loin de poser une concurrence des mémoires, devient au contraire le garant soulignant, en l’enracinant dans l’histoire, la spécificité métaphysique de la Shoah dans son enracinement historique !



En l’enracinant dans l’histoire, en permettant de distinguer radicalement donc, l’histoire en laquelle s’enracine l’événement et la métaphysique qui dit l’irréductibilité du mal advenu dans l’histoire, la loi Taubira rend impossible l’assimilation du négationnisme au blasphème.

L’événement a eu lieu, la désuhumanisation de l’humanité a commencé dans l’ancrage raciste de l’esclavage pour déboucher en Europe sur les conséquences ultimes du mal indicible : ça a eu lieu, dans l’histoire, on peut en lire les tenants et les aboutissants historiques, mais c’est d’une nature telle, indicible, que cela relève aussi de la métaphysique, à un tout autre plan.


King Crimson / Deception Of The Thrush

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